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Biodiversité et changement climatique

14 décembre 2015 - Développement durable
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Retour sur la conférence organisée le 11 décembre par le Conseil scientifique du patrimoine naturel et de la biodiversité et la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB), en partenariat avec le Commissariat général au développement durable


Synthèse

Yvon Le Maho, président du CSPNB, et David Cooper, secrétaire adjoint de la convention internationale de la diversité biologique (CDB), ont introduit cette conférence en présentant les liens entre biodiversité et changement climatique. Entrecoupée de mini-films réalisés par le CSPNB et la FRB, la conférence s’est articulée autour de quatre autres interventions.

  • Les impacts du changement climatique sur la biodiversité ont été présentés par Michel Kulbicki (IRD).
  • Wolfgang Cramer (Institut Méditerranéen de Biodiversité et d’écologie Marine et Continentale) a insisté sur la nécessité de prendre en compte également les rétroactions de la biodiversité sur le climat.
  • Des solutions existent comme le sol qui est un compartiment essentiel dans la régulation des émissions de gaz à effet de serre a précisé Claire Chenu, vice-présidente du CSPNB et ambassadrice de l’année internationale des sols à la FAO.
  • Enfin, Julien Tourloult (SPN MNHN) a montré qu’il est possible d’accompagner l’adaptation de la biodiversité au changement climatique notamment en maintenant et rétablissant les continuités écologiques.
  • Paul Leadley (Université Paris-Sud) a conclu sur l’importance d’apporter des solutions globales à la fois à l’érosion de la biodiversité et au changement climatique.

Interventions

Yvon Le Maho

Avec uniquement un degré d’augmentation nous avons constaté la disparition en antarctique d’une colonie de manchots empereurs. La place a été prise par deux autres espèces. Les raisons : augmentation de la température de l’océan qui a entraîné une baisse de la glace de mer et la disparition du krill à la base de l’alimentation des manchots papous.

Les impacts de l’action humaine ont été dans ce cas là très décisifs : au départ, la chasse du manchot et des baleines a entraîné une augmentation du krill. Par la suite les baleines ont été protégées et cette mesure combinée au réchauffement et à la pêche du krill ont entraîné sa diminution. Or le krill est à la base des chaînes trophiques et sa quantité est un élément de régulation forcée des populations.

David Cooper (CDB)

Les écosystèmes peuvent contribuer à l’atténuation du changement climatique.

Grégory Beaugrand (video)

En raison du changement climatique, les proies des morues ont diminué de 60% elles ont également diminué de tailles et sont devenues moins nutritives. La population de morues a donc diminué à cause de cette pression combinée à la surpêche.

Michel Kulbiki

Les récifs coralliens sont encore présents sur 110 pays. Ils sont les lieux où se concentre le plus la biodiversité. Ce sont aussi les zones les plus impactées par le changement climatique La principale menace est la température. Dans peu de temps il n’y aura plus de zones favorables aux coraux. Les cyclones seront de plus en plus intenses. Le niveau de l’eau augmentera de 50 à 70cm. En 2050, même la Polynésie sera impactée alors qu’elle est loin des impacts de l’homme. Les coraux stressés expulsent leurs algues symbiotiques et ils deviennent blancs avec une mortalité à 80%. Il y a des effets de seuil : au delà d’un certain seuil les effets sont catastrophiques. L’extinction des espèces est rare en milieu marin mais il y a déplacement des espèces. Comme ce qui se passe avec la migration des espèces Lesepsiennes vers la méditerranée ou l’invasion des Caraïbes par le poisson lion. Il y a plus d’énergie pour reconstruire un système diversifié que pour simplifier les systèmes. C’est donc ce qui se passe si la perturbation dépasse une certain seuil. Il faut agir au début et fort pour restaurer les écosystèmes. Une des réponses actuelles est la création des aires marines protégées. Rester prudent avec l’ingénierie écologique.

Wolfgang Kramer : Impact de la biodiversité sur le climat.

Exemple de la forêt qui avec l’évapotranspiration crée une atmosphère humide. Elle diminue aussi la température de surface en créant un tampon thermique. Il y a également une plus grande sensibilité à l’érosion. La déforestation est donc une des causes de la sécheresse, d’émission de poussière, de CO2 (émis par les feux). Projet de grande muraille verte en Afrique de 15km de large pour interagir sur le climat au travers des grands cycles.

Claire Chenu

Les terres émettent du CO2, du méthane et du N2O. Ils renferment 1/4 de la biodiversité de la planète. Cette biodiversité émet aussi du CO2 en dégradant la matière organique, mais le stock dans les sols au moment de sa décomposition. Les rizières sont les principaux émetteurs de méthane. Les sols cultivés sont neutre en terme de méthane. Les sols les plus fertilisés émettent le plus de NO2. Trois fois plus de carbone dans les sols du monde que dans l’atmosphère. Tout est une question de changement d’usage et de changement de pratiques. Le stockage est lent, réversible et limité (20 à 50 ans). Les solutions : culture intermédiaire ; apporter des PRO ; non labour ; réduire la fertilisation.

Julien Touroult

Réponses des espèces au changement climatique : la migration. Cette migration peut être intrinsèquement difficile ou structurellement difficile en raison des infrastructures ou de l’urbanisation. La bordure du massif central, le couloir rhodanien ou les Pyrénées sont autant de corridors naturels à préserver. Il n’y a pas beaucoup de publications scientifiques pour justifier les réseaux écologiques mais ils sont très préconisés. Les aires protégées doivent être assez grandes pour permettre la mobilité. Une publication a démontré que 60% des espèces vont quitter les zones Natura 2000. Ceci a fait grand bruit en 2010, mais en fait, les AP sont aussi capables de limiter les autres pressions.

Virginie Maris

Les solutions pour réduire les émissions peuvent être contre productives pour la biodiversité : panneaux solaires, grands barrages, biocarburants.

Paul Leadley

Protéger la biodiversité aidera à lutter contre le changement climatique. Aichi target : réduire la vulnérabilité des habitats | agriculture et forêt durable | Est-ce que ces objectifs fonctionnent aussi pour réduire le changement climatique ? Protéger les forêts est crucial : 50% des forêts sont protégées au Brésil. C’est plus efficace que de planter de la canne à sucre pour lutter contre le changement climatique. Passer à une agriculture durable et changer de régime alimentaire sont également indispensables : si nous cessons aussi de gaspiller il ne sera plus nécessaire de trouver des terres et d’augmenter les rendements. Si nous continuons à produire des biofuels nous contribuerons à réduire la biodiversité : la solution est pire que le problème. Penser globalement les énergies renouvelables : production et utilisation.

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