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Des filets contre le carpocapse des pommes

22 février 2016 - Développement durable
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La carpocapse des pommes est un insecte de l’ordre des Lépidoptères, dont la chenille se développe à l’intérieur des fruits. Quels sont les moyens de protection contre ce bioagresseur en limitant l’utilisation des pesticides ?


Face à la forte consommation de pesticides en vergers de pommiers (indice de fréquence de traitement moyen de 36,5 selon le rapport Écophyto R&D, Butault et al., 2010), il est nécessaire de chercher des solutions. En 2005, la Chambre d’agriculture de Vaucluse a inventé les filets Alt’Carpo. Il s’agit de filets paragrêles dont la taille des mailles est modifiée afin de fournir une protection contre le carpocapse des pommes. Il existe deux types de filets : mono-rang (chaque rang est couvert isolément) et mono-parcelle (la parcelle entière est couverte). Ces filets agissent comme une double barrière, d’abord physique en empêchant ce papillon ravageur de venir pondre sur le feuillage des pommiers, puis comportementale en limitant la reproduction des quelques individus qui seraient parvenus à franchir les filets.

Quelle est l’efficacité des filets et quelles réductions d’indice de fréquence de traitement (IFT) permettent-ils ?

Dans les parcelles suivies du Sud-Est, les filets Alt’Carpo mono-rang sont très efficaces contre le carpocapse : aucun verger couvert avec des filets Alt’Carpo n’atteint un seuil de dégâts significatifs (c’est-à-dire au moins 2% de fruits piqués), tandis que 70% des vergers sans filets dépassent ce seuil.

Dans les vergers en agriculture biologique, l’utilisation des filets mono-rang permet une réduction très significative (-40%) de l’IFT total, avec une réduction de 50% de l’IFT correspondant aux insecticides (microbiologiques).

En revanche, dans les vergers non agriculture biologiqu, l’introduction de filets mono-rang ne permet qu’une baisse légère de l’IFT total : l’usage des insecticides de synthèse baisse très fortement (-60 %), cependant l’utilisation des fongicides est augmentée sans que le phénomène soit à ce stade expliqué.

Quelles sont les autres conséquences des filets ?

Une modification significative mais limitée du microclimat est mise en évidence sous filets : augmentation de 0,7 °C de la température de l’air en journée, diminution jusqu’à 16% du rayonnement photosynthétiquement actif.

L’analyse des attaques et dégâts liés aux autres ravageurs et maladies ne met pas en évidence d’effets imputables aux filets (notamment, le suivi spécifique de pommiers ne montre pas de hausse significative de la tavelure).

Aucun effet sur la croissance des rameaux et des fruits n’est observé. Le rendement, le poids moyen des fruits et leur qualité (i.e. teneur en sucre et acidité) ne se révèlent pas significativement différents avec ou sans filet.

Les filets Alt’Carpo mono-rang représentent un moyen de lutte efficace contre le carpocapse, permettant de réduire fortement l’usage des insecticides, sans conséquence sur la qualité des pommes. Ils possèdent un potentiel de développement important (par exemple, pour le moment uniquement 10 % des surfaces de pommiers équipées dans le Sud-Est de la France). D’autres utilisations (contrôle de la charge en fruits...) et d’autres types de filet (bâche anti-pluie pour limiter les maladies fongiques…) sont aujourd’hui à l’étude.

Pour en savoir plus sur les pratiques limitant l’utilisation des pesticides dans la lutte contre les bioagresseurs, consultez le point sur des pratiques pour limiter l’utilisation des pesticides : apports du programme de recherche « Pesticides ».

Le texte de cet article est pour partie repris de l’ouvrage : Pesticides, des impacts aux changements de pratiques. Bilan de quinze années de recherche pour éclairer la décision
publique. Éditions Quae, 400 p.

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