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Des plantes anti-pollution expérimentées sur les aéroports

15 février 2012 (mis à jour le 16 mai 2012) - Transports
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Comment limiter au maximum l’impact environnemental des produits dégivrants utilisés dans les aérodromes ? En utilisant des marais filtrants. L’expérience grandeur nature devrait débuter fin 2012.


En période hivernale, les aéroports utilisent de grandes quantités de substances chimiques. Le mono-propylène glycol permet de procéder au dégivrage des avions ; les acétates et formiates de potassium et de sodium servent au déverglaçage des aires de manœuvre et de trafic. Aujourd’hui, on estime les quantités pulvérisées, chaque année, pour le dégivrage des avions à quelque 4 millions de litres sur l’ensemble des plates-formes françaises (la moitié sur les seuls aéroports parisiens). S’y ajoutent environ 2,5 millions de litres de produits pour déverglacer les pistes.

Cette pratique vise, bien sûr, au maintien d’un haut niveau de service aéroportuaire et de sécurité aérienne, compte tenu des exigences du trafic aérien. Mais souvent les ouvrages d’assainissement des eaux pluviales ne permettent pas de traiter de telles quantités dans un si petit laps de temps En outre, le cadre réglementaire actuel impose aux gestionnaires d’aéroport des limites précises quant à la teneur en substances polluantes des eaux rejetées. Dans ce contexte, la Direction générale de l’Aviation civile (DGAC) – via le service technique de l’aviation civile (STAC) – a lancé un programme d’études, dès 2007. Après l’analyse physico-chimiques des eaux de ruissellement aéroportuaires et l’évaluation du niveau de biodégradabilité de leurs polluants organiques, le STAC a choisi d’expérimenter une nouvelle filière de traitement des eaux, et de recourir au concept du marais filtrant.

Des marais filtrants

Au cours de l’hiver 2008-2009, quatre assemblages différents de ces bacs – appelés plots – sont expérimentés. Ils contiennent deux types de végétation (roseaux et iris, d’une part, joncs ou scirpes, d’autre part) et deux sortes de substrat (sable grossier et sable fin). Les premiers résultats montrent qu’à basse température,l’emploi d’un sable trop fin compromet les capacités de filtration du dispositif. En revanche, les espèces végétales ne présentent pas de grands écarts d’efficacité. Autre constat : le rendement des plots peut être amélioré par l’ajout de nutriments (azote, phosphore) à l’effluent. La seconde phase de tests, durant l’hiver 2009-2010, a confirmé le bien-fondé de ce “dopage” des eaux dans un bassin tampon.

Le STAC a communiqué les résultats de son étude à ses partenaires à l’automne 2010. La suite du projet concerne la mise en place des premières cellules du marais filtrant à Orly. La construction du bassin associé, prévue en 2012, permettra alors une expérimentation à plus grande échelle, si possible à l’hiver 2012-2013. L’année suivante, le dimensionnement du nouveau système de traitement des eaux pluviales d’Orly pourra alors être défini.

Une expérimentation “dopée”

« Le filtre planté, sous la forme que nous avons expérimentée, consiste en un bac de 1 m3. On y a déposé du sable et planté des espèces végétales connues pour leurs capacités à abriter la biomasse bactérienne responsable de la biodégradation de certaines substances organiques. Les eaux de ruissellement des zones polluées de l’aérodrome sont conduites vers un bassin tampon, puis dirigées vers ces filtres. Entre 2008 et 2010, le STAC a supervisé une expérimentation en deux phases, pendant deux hivers en suivant une dizaine d’événements climatiques (neige et pluie verglaçante pour l’essentiel). Nous avons “dopé” l’activité bactérienne des filtres lors de la seconde phase des études à Orly. Nous sommes alors parvenus à réduire de 80 % la charge en polluants organiques en moins de six jours, au lieu de deux semaines auparavant ! »
Benoît Mars, chef de la subdivision eaux, sols et dégivrants au STAC

 

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