Accès aux contenus de la page (appuyer sur "Entrée")

PRESSE

  • Agrandir la taille du texte
  • Réduire la taille du texte

Discours de Barbara Pompili lors du BarCamp Biodiversité

18 avril 2016 - Eau et biodiversité
Imprimer

Discours de Barbara Pompili lors du BarCamp Biodiversité à la Maisons des Métallos - Paris 11ème, le jeudi 14 avril 2016.



" Mesdames et Messieurs,
Chers amis,
Lorsqu’on me demande de donner une définition de la biodiversité, je réponds souvent       « C’est le tissu du vivant », et je précise que ce tissu est composé d’innombrables fibres végétales, animales, géologiques ou génétiques qui contribuent, chacune, à la solidité du tout.

Que certaines de ces fibres se distendent ou disparaissent, et c’est la vie elle-même qui s’en trouve modifiée, voire menacée.

Or, du fait des activités humaines, sous l’effet de modifications d’habitats, de surconsommation de ressources, des pollutions, d’espèces exotiques invasives, du réchauffement climatique,  le taux de disparition des espèces naturelles atteint des seuils qui rendent impossible leur régénération : des fibres se délitent, rompent, disparaissent. Et la qualité de la vie, la vie elle-même s’en trouvent menacées.

Agir nécessite d’identifier les fibres, d’en comprendre les interactions, les endroits où elles se nouent entre elles, ceux où elles se désolidarisent : quand on la prend dans son acception la plus large, la lutte pour la biodiversité représente une ambition qui semble démesurée, tant elle paraît dépasser les seules capacités humaines de connaissance et d’analyse.

Et pourtant, cette ambition est une nécessité, une impérieuse nécessité.
C’est là qu’entre en jeu le numérique, comme moyen démultiplicateur de stockage de données et de modélisation. C’est là que surgit la dimension participative, comme moyen indispensable de collecte et d’analyse, mais aussi de contrôle citoyen sur des questions vitales – au sens premier du terme- pour l’humanité.

Numérique et démarche participative : nous voilà au cœur de ce barcamp qui vous réunit aujourd’hui.
En choisissant d’orienter vos travaux, vos expériences sur la question de la biodiversité, vous contribuerez à apporter des réponses précieuses à des questions aujourd’hui sans réponse.

Je suis très heureuse de pouvoir être présente avec vous aujourd’hui. Une présence qui est autant une forme de soutien que de reconnaissance.

Aujourd’hui, le sujet de la connaissance de la biodiversité entre, à travers ce barcamp, dans l’univers du hackathon et plus largement, de la GreenTech.

C’est une première en France, et je me réjouis d’une telle initiative, car elle rencontre non seulement un réel et impératif besoin, je vous en parlais à l’instant, mais également parce qu’elle s’inscrit dans une volonté politique. 

Vous avez probablement entendu parler du projet de loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages que le parlement examine actuellement et que Ségolène Royal, qui l’a initié, m’a chargée de faire aboutir.

Le traitement médiatique de ce travail parlementaire se concentre sur des sujets essentiels, comme celui de la fin programmée de l’utilisation des néonicotinoïdes, ou encore sur l’inscription dans la loi du préjudice écologique, qui permettra de sécuriser et de stabiliser ce qu’on appelle la jurisprudence Erika, celle qui avait permis réparation des dégâts de la marée noire.

Il s’agit certes de questions majeures pour la biodiversité. Mais le projet de loi pose également des principes tout aussi essentiels pour l’avenir, dont on parle moins.
Je pense par exemple à une de ses dispositions qui vise à rendre publiques et à diffuser les données d’observation de biodiversité qui sont recueillies lors des études d’impact.

Ce partage des connaissances doit être l’occasion d’apporter à notre société une meilleure compréhension de la nature, et par conséquent d’inviter à des modes de vie plus respectueux de l’environnement.

Au-delà de cette connaissance, le croisement des données (par exemple des données de géolocalisation et des données relatives aux espèces) permettra de produire de nouvelles applications et services, utiles aux collectivités, entreprises, associations et usagers de la nature.

Oui, l’accès aux données de biodiversité est au cœur de nos politiques publiques sur la nature.

A ce titre, je salue le rôle majeur du Muséum national d’Histoire naturelle qui apporte, avec l’appui des acteurs naturalistes, la garantie scientifique de cette connaissance.
Et grâce au site de l’Inventaire national du patrimoine naturel, le Muséum diffuse déjà très largement cette connaissance. À l’occasion du hackathon, le Muséum met à disposition pas moins de 40 millions de données.

Mais je n’oublie pas qu’au-delà des institutions, cette diffusion de millions de données est ainsi rendue possible par la contribution de milliers d’acteurs, petits ou grands, qui font partie d’un dispositif collaboratif et ouvert basé sur l’open data, et qui constitue le système d’information sur la nature et les paysages.

Je tiens à saluer tous ces acteurs, et en particulier ceux qui sont présents aujourd’hui. Tous ces contributeurs accomplissent au quotidien un travail de connaissance indispensable. Et leur diversité garantit un nécessaire pluralisme des points de vue, des angles d’observation de la réalité du vivant.
Le barcamp d’aujourd’hui est tout à fait dans l’esprit du système d’information sur la nature et les paysages : il s’agit bien de coopérer, de construire ensemble, de partager de la donnée.
Contrairement à ce que l’on peut penser, ces millions de données - on pourrait parler de « data déluge » - restent encore à compléter.

Nous avons en effet encore beaucoup à apprendre sur la biodiversité.
Si nous disposons de nombreuses données sur les oiseaux, bien des domaines de la biodiversité méritent encore des inventaires de terrain. Sur les invertébrés par exemple, nous manquons encore cruellement de nombreuses connaissances.
Ce barcamp est ainsi l’occasion de contribuer au développement et à la diffusion de cette connaissance, par l’innovation, par la création de nouveaux services et par l’émergence de nouvelles solutions.

Je crois que 3 pistes principales doivent être explorées :
D’abord, celle de la collecte des données.

Cette collecte est aujourd’hui souvent une affaire de spécialistes : mais si on veut progresser plus vite dans la connaissance, si nous voulons accélérer dans cette course contre la montre dans laquelle nous sommes engagés pour préserver la biodiversité, il est indispensable de multiplier le nombre de contributeurs, via ce que l’on appelle communément les sciences participatives.

C’est pourquoi il serait essentiel que vos travaux nous permettent d’aller vers des solutions d’aide à la reconnaissance d’espèces pour faire participer le grand public au recueil des données brutes ou détaillées.

Le traitement des données est probablement la deuxième problématique sur lesquelles vos travaux pourraient s’avérer essentiels. Parce que la biodiversité est complexe, les questions d’analyse et de modélisation sont importantes pour comprendre les dynamiques des populations.


C’est le cas  par exemple des oiseaux ou des chauves-souris, mais également celui des espèces de poissons.
J’étais hier à Brest, où un agent du parc naturel marin d’Iroise m’expliquait à quel point la présence ou la disparition d’espèces obéissait à une logique multifactorielle : le niveau de prélèvement réalisé par la pêche, la présence de prédateurs, ou au contraire de ressources en nourriture pour chacune de ces espèces, la température des eaux, les courants… Cette complexité induit la nécessité de construire des modélisations, des hypothèses, tellement nombreuses que l’apport du numérique s’avère extrêmement précieux. 
Dernière priorité dont j’espère que vous vous saisirez : la diffusion des données auprès du grand public, des acteurs et des bureaux d’étude chargés des études d’impact. Cette diffusion d’informations sur la biodiversité est essentielle en amont des projets d’aménagement, des débats démocratiques, des prises de décision de la part des responsables. Il faut trouver des solutions permettant aux différentes sphères d’acteurs impliqués d’avoir accès de façon simple aux données et de comprendre les enjeux de biodiversité.

Le projet de loi Biodiversité nous offre le cadre pour enrichir ainsi notre connaissance de la biodiversité, pour la rendre accessible de façon détaillée au plus grand nombre de citoyens. J’ai bon espoir qu’à l’occasion de la seconde lecture de ce projet de texte de loi, nous puissions aboutir à une nouvelle avancée dans le sens de l’ouverture des données de biodiversité.

Et j’appelle de tous mes vœux la création d’applications en ce sens, grâce à ce  barcamp et au hackathon qui suivra au mois de juin. Grâce à vous, à votre intelligence collective et à votre inventivité, il devrait être possible d’améliorer le recueil, la validation et la diffusion les données de biodiversité.

Je suis certaine que si, en sortant de ce rendez-vous, je tweete « heureuse d’avoir salué le hashtag barcamp autour de la hashtag biodiversité, prélude au hashtag hackaton, et que je conclus par hashtag GreenTech », j’ai vérifié, cela fait bien moins de 140 caractères, le message trouvera son public.
Mais pas certain qu’il signifie quelque chose pour le grand public.
Alors, je le complèterais par un autre, sans doute plus explicite : « aujourd’hui, j’ai visité une initiative qui va participer d’une révolution dans nos connaissances de la biodiversité ».

Cette révolution, vous avez choisi de l’engager dans un lieu chargé de symboles : aujourd’hui établissement culturel de la Ville de Paris, la maison des métallos évoque les combats de la classe ouvrière pour son émancipation : vous y apportez la preuve, par le contenu et l’objet de votre initiative, que le numérique porte également en lui un espoir d’émancipation.

Je vous laisse donc poursuivre vos travaux en souhaitant que l’écosystème créé à l’occasion de cette journée produise une grande diversité d’idées et de projets autour de la connaissance de la biodiversité.

Merci à tous et bon travail !"
 

Télécharger le discours (PDF - 106 Ko)

Imprimer