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PRESSE

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Discours de Mme Ségolène Royal lors de la rencontre avec les experts français du GIEC et de l’IPBES

6 novembre 2014 - Énergie, Air et Climat
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Quels liens entre le climat et biodiversité : rencontre avec les experts français du GIEC et de l’IPBES Jeudi 6 novembre 2014


Monsieur le Président de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité, Jean-François Silvain
Monsieur le président du conseil d'administration de l'Institut océanographique, Fondation Albert 1er Prince de Monaco, Michel Petit
Madame la secrétaire exécutive de la plate-forme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystèmiques, Anne Larigauderie
Monsieur le Directeur de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité, Pierre-Edouard Guillain
(Madame la rapporteur de la loi sur la biodiversité, Geneviève Gaillard)
Mesdames et messieurs les experts du GIEC et de l’IPBES,
Mesdames et messieurs,

J’aurais aimé être plus tôt parmi vous pour assister à vos échanges.
Cela ne m’a pas été possible,
mais je tenais à venir vous saluer et vous dire tout le prix que j’attache au sujet,
à mes yeux essentiels,
des interactions entre climat et biodiversité.

C’est la première fois en France que vos deux communautés scientifiques,
celles du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC),
et de la Plate-forme intergouvernementale pour la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES),
se rencontrent,
et je suis heureuse d’y avoir contribué.
C’est une idée qui a émergé lors de nos discussions avec la Fondation
il y a quelques mois.

Je suis très heureuse de retrouver certains d’entre vous
que j’avais déjà eu le plaisir de rencontrer,
et dont les travaux m’ont passionnée :
Nathalie Masson-Delmotte, qui a reçu en 2013 le prix Irène Joliot-Curie de la femme scientifique ;
Paul Leadley, qui m’a sensibilisée à la question des biocarburants ;
Gilles Bœuf, que je ne présente plus.

Pendant trop longtemps,
la biodiversité a été le parent pauvre de la transition énergétique,
qui n’est qu’une étape vers la transition écologique que j’appelle de mes vœux.
Si j’ai décidé d’organiser cette conférence publique,
c’est bien pour que la biodiversité ne soit pas étouffée
dans la préparation de la 21e Conférence Climat (COP21)
qui se tiendra à Paris en décembre 2015.

Comme l’a rappelé la toute récente conférence internationale sur la biodiversité et le changement climatique dans l’outre-mer européen,
à laquelle j’ai participé, en Guadeloupe,
l’interdépendance des enjeux biodiversité et climat est tout particulièrement manifeste dans ces territoires ultramarins.
Réservoir exceptionnel de biodiversité,
les outre-mer sont immédiatement vulnérables
aux effets combinés du recul de la biodiversité et des modifications du climat.
Dans ces milieux le plus souvent insulaires,
les scientifiques ont notamment montré
que les changements climatiques allaient largement renforcer les effets néfastes des espèces exotiques envahissantes sur la biodiversité
et, tout comme l’acidification en cours des océans,
entraîner de lourds impacts écologiques, économiques et sociaux.

Jamais autant qu’aujourd’hui
les enjeux relatifs à la biodiversité et au climat n’ont donc été
à la fois aussi prégnants
et aussi étroitement imbriqués, aussi interdépendants.

La conférence d’aujourd’hui,
que j’organise avec la Fondation pour la recherche sur la biodiversité,
doit établir un état des lieux des connaissances actuelles
sur les interactions entre biodiversité et climat.

Elle illustre la contribution de la France
à l’interface entre science et politique
en matière d’environnement au niveau international,
à la fois au travers du GIEC et l’IPBES.
Je tiens à remercier tous les scientifiques français qui,
en participant activement à ces instances,
contribuent à l’éclairage et l’orientation des politiques du Ministère de l’Ecologie.

Ce sont, ainsi, 35 experts travaillant en France
qui ont contribué au cinquième rapport du GIEC.
La semaine dernière,
le GIEC a présenté à Copenhague
la synthèse de ce 5ème rapport
qui rappelle la contribution importante de l’homme dans le changement climatique
et l’acidification des océans.
Cette synthèse m’a été remise hier
par le président du GIEC Monsieur Rajendra Kumar Pachauri.

Depuis maintenant plus de 25 ans,
le GIEC évalue l’état des connaissances
pour envisager des stratégies d’atténuation et d’adaptation.
A travers des procédures qui ont évolué au cours du temps
mais qui sont aujourd’hui un exemple de fonctionnement de la communauté internationale,
le GIEC travaille à favoriser une réponse de la communauté scientifique
la plus internationale, la plus objective et la plus transparente possible,
synthétisant l’information scientifique, technique et socio-économique disponible
en rapport avec la question du changement du climat.
Ce 5ème rapport et le travail de ces scientifiques
contribuera largement au succès de la COP 21.

Deuxième défi, et il est donc lié, c’est celui de la biodiversité.
Nous risquons de vivre la 6ème crise d’extinction massive de l’histoire de notre planète,
c’est-à-dire une extinction de plus de 75 % des espèces
en un laps de temps court à l’échelle géologique.
C’est le cri d’alarme lancé par certains d’entre vous dans leur magnifique tribune du Monde parue hier : Raphaël Billé, Philippe Cury, Michel Loreau, et Virgnie Maris.
Vous êtes présents ici, et je vous remercie pour ce texte qui nous invite à « débattre de la nature que nous voulons, c’est-à-dire de l’environnement dans lequel nous voulons vivre ».
Comme vous le rappelez si bien, « la biodiversité, ce tissu vivant de la planète dont nous faisons partie, nous invite à repenser l’avenir de nos sociétés : inventer de nouvelles formes de mobilisation des connaissances scientifiques dans le débat public et les institutions ; encourager les expérimentations fondées sur l’accompagnement de la nature plus que sur son contrôle ou son exploitation ; construire des alternatives aux modèles de développement insoutenables et morbides aujourd’hui dominants ; développer des visions du monde et des valeurs en phase avec les grands défis écologiques de notre temps. Voilà le chantier que nous propose la sixième extinction de masse, et c’est une chance unique pour l’humanité de choisir dans quel monde et avec quelle nature elle pourra continuer à s’épanouir. »

A titre de comparaison,
la précédente extinction massive remonte à la fin du Crétacée,
il y a plus de 65 millions d’années,
et a vu, outre la disparition des dinosaures,
l’extinction de plus de 76 % des espèces existant alors.
Manifestation de l’ampleur de la situation actuelle,
nous avons appris en début de semaine
par une étude parue dans la revue scientifique Ecology Letters,
que l’Europe a perdu 421 millions d’oiseaux en 30 ans.
Le dernier rapport du GIEC rapporte par ailleurs
que, d’ici 2080, environ 60% des plantes et des vertébrés
ne trouveront plus le climat adéquat à leur développement dans les espaces protégés européens.
Si elles n’arrivent pas à s’adapter,
ces espèces devront se déplacer dans des zones
que l’on sait moins favorables ou s’éteindre.

La réduction de la biodiversité est ainsi une problématique majeure
qui attendait jusqu’à récemment une interface science-politique
à la hauteur de ses enjeux.
C’est en 2005,
lors de la conférence de Paris « Biodiversité, science et gouvernance »,
organisée au siège de l’UNESCO sous l’égide de Monsieur le Président de la République J. Chirac,
que l’idée d’une telle interface a véritablement émergé.
A la suite de cette initiative française,
il aura fallu sept ans de négociations internationales
pour que la plate-forme intergouvernementale pour la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES)
voie le jour.

L’IPBES est aujourd’hui,
deux après sa création,
forte de 121 pays membres.
Elle dispose depuis décembre dernier
d’un budget et d’un programme de travail
pour les 4 années à venir
qui lui permettront sans nul doute
d’être à la biodiversité et aux services écosystémiques ce que le GIEC est au climat.

Alors que les travaux démarrent tout juste
et que d’autres scientifiques seront appelés à y participer,
je suis heureuse d’annoncer aujourd’hui
que plus de 17 experts français ont d’ores et déjà été sélectionnés
pour réaliser les évaluations de l’IPBES.
Plusieurs d’entre eux s’exprimeront cet après-midi
dont Jean-Michel Salles,
l’un des auteurs de la première évaluation de l’IPBES,
prévue pour début 2016,
mais je l’espère avant,
qui synthétisera les connaissances
sur les pollinisateurs, la pollinisation et la production alimentaire.

Je veux ici,
lors du premier grand événement de présentation de l’IPBES en France,
assurer Anne Larigauderie, secrétaire exécutive de l’IPBES,
de l’entier soutien de mon ministère aux actions de cette plate-forme.

Le projet de loi relatif à la biodiversité,
que le Parlement a commencé à examiner,
va nous permettre de mieux protéger et valoriser nos richesses naturelles
et les services que les écosystèmes nous rendent.
Il prévoit la création de l’Agence française de la biodiversité
qui sera un relais des travaux de l’IPBES
et dont je souhaite,
une fois la loi votée,
la mise en place avant la fin 2015.
Je viens d’annoncer la constitution de l’équipe de préfiguration opérationnelle de cette agence
qu’Hubert Reeves a accepté de parrainer.
Gilles Bœuf, que vous connaissez tous ici, et qui clôturera les débats d’aujourd’hui
sera son conseil scientifique.

Annabelle Jaeger, présidente de l’association régionale pour l’environnement de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur,
animera les relations avec les régions.
Olivier Larroussinie, directeur des aires marines protégées,
en assurera la direction.

Je veillerai à ce que l’Agence française de la biodiversité
travaille en bonne intelligence
avec la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité
qui anime avec succès l’ensemble de la communauté de recherche
et assure en particulier le secrétariat scientifique
de la participation française à l’IPBES.

La conférence de cet après-midi s’inscrit
dans une journée de rapprochement entre scientifiques, experts du climat et experts de la biodiversité.
Ce matin,
dans le cadre d’un atelier de travail,
vous, membres français du GIEC et de l’IPBES,
avez pu partager,
pour la première fois,
vos expériences autour de l’expertise dans un contexte intergouvernemental.
Ces échanges doivent être les prémices d’un rapprochement plus étroit
entre les deux communautés scientifiques
et plus largement entre le GIEC et l’IPBES
pour élaborer, in fine, les solutions
qui permettront à la biodiversité de devenir un axe majeur de la lutte contre le changement climatique.

Il s’agit à la fois pour la science
de nous informer sur les stratégies aptes à préserver
voire accentuer
les capacités de séquestration et de stockage du carbone par le monde vivant
mais aussi d’identifier plus précisément les solutions
que nous apporte la biodiversité

-telles la préservation des mangroves et des récifs coralliens
ou le maintien de la diversité des peuplements forestiers-
pour réduire les impacts attendus du changement climatique.

Pour soutenir ces développements scientifiques tellement nécessaires,
je réunirai début 2015, avec Geneviève Fioraso
en partenariat avec la Fondation pour la recherche sur la biodiversité,
une table ronde des mécènes sur le financement
pour que les parties prenantes concernées investissent,
à la hauteur des enjeux impliqués,
dans la recherche à l’interface biodiversité climat.

Cette conférence est pour moi l’occasion
de rappeler l’attachement du Ministère de l’écologie
au développement de politiques publiques
reposant sur une base scientifique solide.
J’inviterai, dans ce cadre, la communauté scientifique
à mener dans les prochains mois,
avec les Alliances de recherche,
un exercice de prospective scientifique
visant à définir les priorités de recherches interdisciplinaires nécessaires
pour soutenir les politiques publiques
associées aux futures lois sur la transition énergétique pour une croissance verte et sur la biodiversité.
Ces travaux pourront nous aider à fixer les priorités en matière de financement.

L’année à venir,
jusqu’à la conférence sur le climat de fin 2015,
 sera jalonnée d’autres rendez-vous et événements importants.

La communauté scientifique organisera la Conférence internationale « Our Common Future under Climate Change »
en juillet 2015 à Paris
pour préparer la COP 21 ;
Jean Jouzel en préside le haut comité ;
vous aurez le soutien du ministère de l’écologie.
J’organiserai par ailleurs, en 2015,
un colloque européen sur les sciences participatives
en matière de biodiversité
qui, en associant les citoyens aux travaux des chercheurs,
sont un formidable levier
aussi bien pour faire avancer la science
que pour faire progresser la prise de conscience,
préalable au changement individuel et aux mutations collectives.

Je vous annonce par ailleurs
que le projet de recherche du Museum National d’Histoire Naturelle
intitulé « 65 millions d’observateurs »
sera financé par le programme des Investissements d’avenir
à hauteur de 4 millions d’euros sur 4 ans.

Je félicite le chef de projet, Monsieur Romain Julliard,
ici présent et qui fait partie des experts IPBES.
Nous lancerons officiellement le projet début 2015.

Je vais faire en sorte,
que les Investissements d’avenir financent les projets
en faveur de la  préservation et de la valorisation de la biodiversité.


Les réflexions de la conférence d’aujourd’hui contribueront largement aux débats de la Conférence environnementale
qui se tiendra les 27 et 28 novembre, à l'Elysée,
et qui traitera,
parmi les 3 thèmes retenus cette année,
du climat.
Les mesures que prendra le Gouvernement
à la suite de la Conférence environnementale
viseront en particulier
à renforcer les synergies entre politiques de lutte contre le changement climatique et de préservation de la biodiversité.
Le prochain Plan national d'adaptation au changement climatique,
qui fera suite au plan 2011-2015,
devra notamment aller plus loin
dans la prise en compte des interactions entre biodiversité et climat.

Je tiens encore à vous remercier
pour votre implication personnelle
pour relever ces défis importants pour l’humanité.

Je souhaite à tous un très bon colloque.

Télécharger le discours (PDF - 86 Ko)

Télécharger le programme IPBES-GIEC (PDF - 5836 Ko)
 

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