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PRESSE

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Discours de la journée d’ouverture du cycle des 4èmes Assises de l’Education à l’Environnement et au Développement Durable

19 octobre 2016 - Eau et biodiversité
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Barbara Pompili a prononcé un discours lors de la journée d’ouverture du cycle des 4èmes Assises de l’Education à l’Environnement et au Développement Durable le lundi 17 octobre 2016


Je vous remercie de votre invitation à cette journée d’ouverture du cycle des 4èmes Assises de l’Education à l’Environnement et au Développement Durable.

Je sais que votre programme de travail est copieux, je ne vous infligerai donc pas une intervention trop longue. Mais je veux vous dire en quelques mots les raisons de ma présence avec vous aujourd’hui, en tant que secrétaire d’Etat chargée de la Biodiversité.

Et, en premier lieu, partager avec vous un constat. J’ai déjà eu l’occasion de le dire à certains d’entre vous, puisque j’aperçois ici des visages qui ne me sont pas inconnus, nous avons encore, en matière de biodiversité, un immense travail de pédagogie à effectuer.

Autant la conscience du réchauffement climatique s’est considérablement développée au sein de la société, autant la perception des risques que fait peser sur nos conditions de vie la perte de biodiversité, la disparition d’espaces et d’espèces, demeure en retrait. Et j’ai la conviction que c’est par la connaissance de la nature, de ses mécanismes, de son apport à l’Homme, que viendra le plus surement cette conscience qu’il nous faut éveiller.

L’Education à l’Environnement et au Développement Durable est l’affaire de tous. Elle repose sur une riche diversité d’acteurs, chacun avec des approches, des initiatives et des moyens différents. Certains d’entre vous travaillent dans des établissements scolaires, dans des associations, des médias, dans des collectivités, dans le secteur du tourisme, d’autres dans la formation tout au long de la vie.

Ayez conscience que le travail que vous effectuez est tout sauf statique : en éveillant les attentions, en éduquant, en transmettant, vous formez des formateurs, des prescripteurs.
L’enfant qui aura conscience de la portée des gestes du quotidien les inculquera à ses parents, le professionnel à ses clients, le journaliste à ses auditeurs ou à ses lecteurs…

Vous enclenchez des dynamiques qui vont bien au-delà de vos actions ponctuelles !

L’éducation est, par essence, à l’image de la nature, affaire d’interactions. Et cette logique d’interactions est au cœur de ces assises, elle vaut aussi entre vous.

Le processus participatif que vous avez mis sur pied avec les assises permet à chacun d’apporter son expérience, d’apprendre des autres, du mutualiser vos expériences et de définir ensemble les objectifs à atteindre. Cette démarche a permis une remarquable dynamique de mobilisation. Elle a mobilisé plus de 8000 personnes lors des précédentes assises, elle apporte un regain d’énergie. Je sais que certains sur les territoires connaissent des difficultés financières, que le travail d’explication sur l’importance de l’éducation à la nature, doit repartir presque de zéro face à des équipes nouvellement élues qui vous connaissent mal, quand elles ne vous ferment pas la porte.

C’est pourquoi il est important pour moi, pour le ministère de l’environnement et pour le Gouvernement d’être ici ce matin. Vos assises vont se dérouler jusqu’en novembre 2018, sur tous les territoires, et au-delà des clivages politiques, au-delà, peut-être, des alternances, je suis venue formuler le souhait que ce mouvement perdure.

Car si l’éduction à la nature est un enjeu éminemment politique, au sens noble du terme, elle ne doit pas devenir l’otage de positionnements politiciens. Elle n’a pas à être utilisée dans des débats caricaturaux qui veulent opposer à tort « défenseurs de la ruralité » et « bobos des villes ». Il nous faut donc sans relâche, convaincre, à la fois ceux qui votent, et ceux qui sont élus pour faire bouger les choses. Ces assises sont l’occasion de démontrer la richesse de vos actions et la force de votre mouvement, l’occasion de rappeler que la nécessité d’apprendre et de comprendre le fonctionnement de notre environnement est universelle. Et ces assises sont également l’occasion de démontrer que l’Education à l’Environnement et au Développement Durable participe d’une éducation civique, en cela qu’elle forme des citoyens.

C’est quoi, être citoyen, sinon avoir la conscience d’un patrimoine partagé, et avoir la liberté de formuler des choix éclairés, d’agir librement en ayant conscience des conséquences de ces choix ? Ce patrimoine partagé, c’est notre environnement. C’est notre planète, et, plus près, notre patrimoine naturel national, celui dont nous héritons, quelle que soit notre origine ou nos croyances, et que nous avons la responsabilité de léguer aux générations qui suivent.

Ces choix, ce sont ceux que nous réalisons au quotidien, par nos gestes et nos modes de vie, mais également les choix collectifs que nous faisons : en termes énergétiques, d’infrastructures, de modes de transports, de protection de sites ou d’espèces.

La transition écologique, économique et sociale que nous appelons de nos vœux ne pourra pas se faire sans éducation. L’éducation à la nature fait écho au premier des objectifs d’Aïchi,  selon lequel : « d’ici à 2020 au plus tard, les individus sont conscients de la valeur de la diversité biologique et des mesures qu’ils peuvent prendre pour la conserver et l’utiliser de manière durable ». C’est donc un axe majeur, premier, des politiques internationales de biodiversité. La prise en compte de la biodiversité passe d’abord par une grande conscience et compréhension des enjeux.

C’est à cela que contribuent la connaissance concrète du terrain et la faculté d’observer la nature.  La connaissance visée est aussi celle des impacts, des dommages créés par la dégradation de la nature ; ou encore celle des réponses possibles, des actions efficaces ou nuisibles. C’est enfin celle de ce que nous apporte cette nature : l’émerveillement, d’innombrables services qui contribuent à la qualité de notre vie. Cette connaissance et cette compréhension ne se décrètent pas.

Elles s’acquièrent dans la durée, à tous les âges, et plus particulièrement sur le terrain, au contact de ceux qui la maîtrisent et la partagent, et aussi au travers de multiples activités de nature, de l’observation de la vie naturelle, du contact avec la nature.

L’Education n’est pas là pour assigner un comportement, bien au contraire, c’est un formidable outil d’émancipation. Comprendre le fonctionnement du monde qui nous entoure, l’impact de nos actions, donne à chacun les clés, des valeurs sur lesquelles se baseront des choix. L’action des pouvoirs publics pour favoriser l’éducation à l’environnement est plurielle.

C’est d’abord celle de l’éducation nationale. Je me réjouis de l’évolution des programmes, des partenariats plus fréquents entre les enseignements académiques, les activités associatives, les milieux de la recherche, et les gestionnaires d’espaces naturels.

En septembre dernier, j’ai signé une convention de partenariat entre l’éducation nationale, le ministère de l’environnement et les réserves naturelles de France  convention qui prévoit d’encourager formations continues des équipes éducatives, de faciliter l’action du personnel des Réserves naturelles dans les établissements scolaires alentours, de mutualiser les expériences, les documents pédagogiques.

C’est un encouragement à aller plus loin pour renforcer les synergies entre l’éducation nationale et les gestionnaires de nos espaces naturels protégés : favoriser les coopérations, les innovations, ce sera une des fonctions de l’agence française pour la biodiversité que nous créons au premier janvier prochain. Face à l’enjeu, il n’est pas de frontières administratives ou de logiques de structures qui tiennent.

Et je n’oublie pas qu’il y a quelques jours tout près d’ici, au collège Pierre Mendes France dans le 20ème, Ségolène Royal et Najat Vallaud Belkacem ont signé une circulaire sur les coins nature dans les établissements scolaires. Ce collège, avec l’association Veni Verdi a maintenant mis sur pied un coin nature de 4000 m2 en plein Paris, que les familles du quartier et les enseignants ont construit ensemble.

L’autre jour, sur Twitter, là où on lit le meilleur mais aussi le pire, et alors que je saluais la décision d’Anne Hidalgo de faire de la biodiversité la citoyenne d’honneur de la ville de Paris, un internaute rétorquait, je le cite : « c’est idiot, il n’y a pas de biodiversité dans les villes ».

Terrible ignorance de la réalité botanique et de faune urbaines, mais également terrible aveuglement face à l’enjeu : c’est précisément parce que le premier facteur de perte de biodiversité est l’expansion urbaine qu’il est indispensable de reconquérir la biodiversité dans les villes. Et si j’ai tenu à venir ici, dans le 20ème  ce matin, c’est aussi pour saluer l’action de son équipe municipale en la matière.  Une action que je vais constater in situ après cette intervention, en visitant un jardin sur le toit de 1000 m2, qui participe de la vie sociale du quartier, et constitue un bel exemple d’éducation populaire à l’environnement.

Car l’éducation à l’environnement et au développement durable ne peut pas se limiter au cadre scolaire. La variété des acteurs présents aujourd’hui le montre bien : elle concerne tout le monde et tout au long de la vie.

Je remettrai ce soir le prix capitale française 2016 de la biodiversité, une heureuse initiative de Naturparif et Plante et Cité. Les expériences qui seront récompensées démontrent l’importance non seulement de l’action, mais aussi de la pédagogie. Une collectivité qui initie une gestion plus naturelle de certains de ses espaces ne peut pas faire l’économie d’une information de ses habitants : expliquer pourquoi on ne tond plus certaines zones, pourquoi on laisse sur place tel un arbre mort, pourquoi on laisse de « mauvaises herbes » pousser sur un trottoir.  C’est une nécessité pour recueillir l’assentiment, et c’est une tâche d’éducation.

J’aurais pu tout aussi bien citer des exemples d’actions à l’éducation à l’environnement et au développement durable qui s’intègrent dans le quotidien des acteurs du tourisme, d’entreprises du BTP, dans nos politiques publiques de santé.

Partout où se jouent des enjeux de biodiversité, se posent des questions d’éducation. Et c’est parce que je crois à la force de l’exemple pour entrainer les gens dans notre démarche j’ai décidé de lancer une initiative, « biodiversité en action ».
Cette initiative a été lancée début octobre et l’un de ses volets est dédié à l’éducation à la nature volet dont le parrain est Roland Gérard et je tiens à l’en remercier.

De quoi s’agit-il ? Tout simplement, convaincre, expliquer par l’exemple et mutualiser les réalisations. Faire connaître à tous, au plus près des territoires, un maximum d’initiatives contribuant à la préservation de la biodiversité, dans trois domaines : nature en ville, biodiversité et activités économiques,  éducation à la nature. Un site internet pour recenser les actions il y en a plus de 70 à ce jour, une communication ciblée dans la presse locale de chacune des actions labellisées  pour démontrer que la biodiversité est l’affaire de tous.

Ce sont les principes de cette opération, et je ne saurais trop vous conseiller de vous connecter sur biodiversité-en-action.gouv.fr pour y inscrire, à votre tour, vos réalisations, et pour bénéficier, à votre tour, du label « j’agis pour la biodiversité ».

Mesdames et messieurs, je ne voudrais pas quitter vos assises sans un mot d’espoir et d’encouragement qui va au-delà des formules de circonstance. Etre membre du gouvernement, c’est participer à des prises de décisions, où on remporte des arbitrages, où on en perd d’autres.

C’est prendre des coups, devoir rendre des comptes, faire face à des attentes, parfois des exaspérations  c’est normal. C’est même parfois devoir répondre à des interpellations sur des propos qu’on n’a jamais tenus, ou qui ont été tronqués  mais c’est le propre de la vie politique.  

Mais c’est aussi et cela on le dit moins souvent avoir la chance de rencontrer, partout sur le territoire, parfois très loin d’ici  je reviens d’une semaine en Guyane des acteurs engagés, passionnés, efficaces, qui oeuvrent dans votre champ de compétences.

Et alors qu’il est de bon ton de dénigrer la France, de tout peindre en noir, de parler de déclin, de se complaire dans la détestation de soi, je voudrais vous dire l’espoir et l’optimisme qui sont les miens. Notre pays n’est pas seulement, en lui-même, un patrimoine exceptionnel, une richesse singulière du point de vue de son environnement et de sa biodiversité.

La France regorge également d’acteurs engagés, d’initiatives qui marchent, et de dynamiques locales qui associent des groupes sociaux, des institutions, des entreprises, des associations au-delà de leur raison d’être individuelles.

C’est aussi ce que je suis venue saluer au travers de ces assises. Votre démarche est impulsée par la société civile en partenariat avec l’Etat, les collectivités territoriales, les syndicats et les entreprises volontaires.

S’y retrouvent des acteurs associatifs de l’Education à l’Environnement et au Développement Durable, de la protection de la nature mais aussi toute la mouvance de l’éducation populaire, des acteurs du tourisme durable, des élus de tous niveaux, des agents des ministères de l’éducation, de l’environnement, de la santé, des associations de parents d’élèves, des entreprises, des enseignants, des animateurs…

C’est aussi la preuve que l’environnement n’est pas seulement l’affaire de chacun mais bien l’affaire de tous : et par votre initiative, vous donnez un sens à ce « tous » et vous dessinez un projet collectif.

Je sais que Roland Gérard était en Espagne la semaine dernière pour aider les acteurs locaux à lancer leurs propres assises de l’Education à l’Environnement et au Développement Durable, qui souhaitent prendre  exemple sur la démarche française. A ceux qui prétendent que la France manque de projet collectif, je réponds que l’environnement peut être celui-là.

C’est la France qui a contribué à la réussite de la COP21. Quand je me rends aux conférences internationales sur l’environnement, je mesure l’attente envers notre pays sur ces questions, et la crédibilité, la légitimité  française en la matière.

Et lorsque je me tiens devant vous aujourd’hui, je me dis que ce n’est pas seulement le fruit d’un travail diplomatique, pas seulement le fruit de décisions politiques, et en tout cas pas le fruit du hasard : la société française est prête pourvu qu’on l’écoute, qu’on l’accompagne et qu’on sache repérer et valoriser les dynamiques qui s’y développent.

Et vous êtes une de ces dynamiques. Alors : merci, et bons travaux !

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