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PRESSE

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Intervention d’Alain Vidalies lors du 26ème Congrès international de la sécurité ferroviaire (IRSC) Mardi 4 octobre 2016

4 octobre 2016 - Transports
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Monsieur Alain Vidalies a prononcé un discours lors du 26ème Congrès international de la sécurité ferroviaire (IRSC) le mardi 4 octobre 2016


Mesdames, Messieurs,

Je suis aujourd’hui très heureux d’être parmi vous pour introduire cette deuxième journée du Congrès International de la Sécurité Ferroviaire.

En effet, l’organisation par la France d’un tel congrès, après l’Allemagne en 2014 et l’Afrique du Sud en 2015, confirme le rôle que les acteurs du système ferroviaire français entendent jouer à l’échelle mondiale pour faire avancer la prise en compte des enjeux de la sécurité ferroviaire.

Je tiens ici à saluer le travail accompli en ce sens par la SNCF et l’EPSF.

La sécurité ferroviaire est la priorité stratégique que je leur ai donnée dès mon arrivée, en septembre 2014. Il s’agissait alors, et il s’agit toujours, d’un enjeu de confiance des citoyens dans leur système ferroviaire, pour faire en sorte de renforcer l’usage de ce mode dans une logique de transition énergétique.  

En cette année 2016, qui a vu progresser de manière décisive la ratification de l’accord de Paris sur le climat de décembre 2015, je tiens en effet à rappeler d’un mot les objectifs ambitieux que la France s’est donnée en termes de lutte contre le réchauffement climatique et de réduction d’émissions de gaz à effet de serre. La loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte vise notamment à réduire de 40% des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, et de diminuer de 30% la consommation d’énergie fossile d’ici 2030. Compte tenu de leur part dans ces indicateurs, les transports ont donc vocation à contribuer de façon décisive à la réalisation de ces objectifs, et la place du ferroviaire dans les usages joue un rôle clé dans l’atteinte de ces ambitions.

C’est évidemment d’autant plus le cas dans les zones denses, véritable fil rouge de ce congrès, pour lesquelles le mode ferroviaire présente de nombreux avantages compétitifs (équité sociale, capacité, sécurité, rapidité et prévisibilité), mais où les défis à relever pour en accentuer la place sont encore considérables.

La sécurité est selon moi le socle primordial sur lequel doit reposer le développement du ferroviaire. Aujourd’hui, les statistiques démontrent à la fois l’avantage déterminant dont le train dispose en la matière vis-à-vis des autres modes de transport, et les tendances lourdes d’amélioration depuis plusieurs décennies. Mais cet avantage n’est pas un acquis, et au-delà des résultats qu’une mobilisation collective doit permettre de maintenir et d’améliorer encore, la transparence des acteurs sur le sujet est une condition de la confiance des voyageurs, et donc de l’attractivité du train.

L’amélioration des résultats en matière de sécurité tout d’abord.

Elle repose à la fois sur l’amélioration des techniques et des technologies d’une part, et sur l’amélioration des facteurs humains et organisationnels d’autre part.

Je ne m’étendrai pas longuement sur la première catégorie, chaque génération de matériel progresse en la matière, et offre de nouvelles fonctionnalités. C’est évidemment un enjeu crucial pris en compte par la filière ferroviaire, dans le cadre de partenariats avec les opérateurs. La nécessité d’innover et de produire à moindres coûts trouve également réponse dans les initiatives soutenues par la France, comme le partenariat Shift2Rail entre organismes publics et entreprises privées, établi dans le cadre du  programme européen pour la recherche et l’innovation 2020.

La France est également active au niveau national grâce à des programmes de recherche, financés en partie par l’Etat, visant à augmenter le cycle de vie de l’infrastructure ferroviaire (gain de 30% sur la durée de vie des voies et de 20% sur les capacités de trafic) et de miser sur un développement international rapide de ces nouveaux produits.

Je souhaiterais évoquer davantage la deuxième catégorie, celle des facteurs humains et organisationnels.

Elle mérite d’être abordée à plusieurs échelles.

L’organisation des systèmes de sécurité ferroviaire doit tout d’abord être regardée à l’échelle des réseaux concernés. En Europe, c’est désormais à l’échelle du continent que la gouvernance doit s’établir, afin de dynamiser le transport ferroviaire et de gagner en qualité. C’est tout le sens du volet technique du 4° paquet ferroviaire, qui renforce l’harmonisation des procédures d’autorisation portant sur les matériels et sur les opérateurs, en confiant dès 2019 de nouvelles missions à l’Agence Ferroviaire Européenne, située à Valenciennes. Il s’agit notamment de réduire les formalités administratives liées aux procédures d’autorisation et leurs coûts, tout en préservant le haut niveau de sécurité atteint.  Cela implique en particulier une étroite coopération entre l’Agence européenne et les autorités nationales de sécurité, ce qui est déjà le cas avec l’EPSF en France.

Dans un contexte d’ouverture progressive à la concurrence des services ferroviaires, et donc de multiplication des entreprises ferroviaires, les modèles ferroviaires nationaux doivent par ailleurs offrir à la fois des garanties fortes permettant à tous les opérateurs d’être traités équitablement, et l’assurance d’une maîtrise complète des enjeux du système, en particulier de sécurité. La réforme d’ampleur adoptée en  août 2014 et mise en œuvre en France depuis, s’inscrit pleinement dans cette logique, avec un groupe public intégré, au sein duquel le gestionnaire d’infrastructure est désormais unifié, et un cadre social rénové.  Le rôle central de l’EPSF a également été renforcé.

Les enjeux de sécurité ferroviaire en France sont désormais régulièrement abordés avec l’ensemble des acteurs, dans un comité que j’ai créé, et que je préside tous les 6 mois, afin de faire le point sur les actions menées et d’impulser de nouvelles dynamiques.

Le dernier comité, tenu au mois de juin dernier, a justement permis d’aborder plusieurs sujets déterminants, que je souhaite partager avec vous.

Je souhaite en évoquer quatre :

1- La priorité à la maintenance du réseau.

Il s’agit de l’hygiène du ferroviaire. Après une période où les moyens étaient prioritairement consacrés au développement du réseau en France, et notamment à la construction de lignes à grande vitesse, j’ai décidé de réorienter massivement les moyens vers la maintenance. Celle-ci doit bénéficier d’innovations en termes de méthodes et de moyens, grâce là encore à des partenariats de long terme avec les acteurs de la filière industrielle, et à l’appui du développement du digital. Il s’agit également de réaliser des travaux plus efficaces, en particulier en zone dense, pour limiter les conséquences pour les voyageurs.

2- La gestion des facteurs humains et organisationnels au sein des acteurs opérationnels du système.

Le rôle du management opérationnel est de s’assurer du maintien et du développement de la culture de la sécurité dans les équipes, qui sont aujourd’hui selon moi au cœur des enjeux pour améliorer encore les résultats. L’évolution des processus, liée notamment au développement de l’usage du digital, doit permettre une plus grande efficacité des méthodes, mais elle doit impérativement être associée à un travail sur la culture de la sécurité en parallèle.

3- Le deshuntage

C’est un sujet au périmètre beaucoup plus limité dans sa survenance, et qui est connu de très longue date. Pour autant, je constate que les pistes de traitement restent encore très rudimentaires, et pénalisantes pour les voyageurs, et j’ai demandé que les efforts de recherche en la matière soient renforcés, et de manière coordonnée entre les pays, pour parvenir enfin à des solutions pleinement efficaces.

4- Enfin, la mesure commune et l’évaluation de la gravité des incidents fait l’objet d’un travail exemplaire de l’EPSF, auprès des acteurs toujours plus nombreux du système ferroviaire en France.

Nous disposons désormais d’une nomenclature des événements commune à tous les acteurs, permettant d’améliorer la remontée d’information. Avec une telle base de données, la France a l’ambition de se positionner en leader des pays européens sur ces questions d’analyse fine des risques.

J’en viens maintenant à la transparence, qui me paraît une condition essentielle en termes de méthode pour obtenir l’entière confiance des voyageurs.

C’est la raison pour laquelle j’ai ouvert le comité de suivi de la sécurité ferroviaire à tous les acteurs, incluant les organisations syndicales, les associations de voyageurs et de victimes d’accidents collectifs, qui en sont membres à part entière.

J’ai également décidé d’ouvrir le chantier de la transparence sur les opérations de maintenance du réseau, qui jouent un rôle majeur sur la sécurité ferroviaire comme je l’ai déjà indiqué. La qualité du réseau est en effet une préoccupation partagée par des millions d’usagers quotidiens de ce mode en France,  et ils sont en droit de connaître l’état des actions accomplies pour entretenir les infrastructures. J’ai donc demandé à SNCF Réseau d’assurer une transparence totale sur la réalité des opérations de maintenance réalisées au quotidien sur le réseau. Désormais, chaque semaine, et pour chaque ligne, le programme des opérations à venir est mis à disposition du grand public. C’est une avancée majeure, et je remercie ici le travail réalisé par le gestionnaire d’infrastructure pour être parvenu à ce résultat.

Tous les enjeux que je viens d’évoquer, mêmes s’ils ne sont pas tous abordés directement dans vos conférences, me paraissent être au cœur des débats, et porteurs d’avenir pour le ferroviaire.

Les travaux que vous menez cette semaine sont du plus grand intérêt dans l’optique de dégager des solutions à des problématiques concrètes et communes à l’ensemble des pays participants. Je gage que nous saurons démontrer que la sécurité ferroviaire, loin d’être une contrainte, un frein ou un obstacle au développement et à l’innovation, est à l’inverse une incitation à l’excellence, à l’anticipation et à l’ambition.

Je vous souhaite des débats fructueux et vous remercie chaleureusement d’avoir répondu à l’invitation de la France.

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