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L’irrigation restreinte et la taille manuelle contre les monilioses des pêchers

23 février 2016 - Développement durable
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La moniliose est une maladie fongique des arbres fruitiers se manifestant par le brunissement et le pourrissement des fruits. Quels sont les moyens de protection contre ce bioagresseur en limitant l’utilisation des pesticides ?


Deuxième espèce fruitière d’intérêt économique en France, le pêcher est exposé à des monilioses, maladies fongiques pouvant entraîner jusqu’à 40 % de pertes de récolte. Les champignons pénètrent dans les fruits par les craquelures présentes sur l’épiderme. Pour lutter contre ces maladies, deux à quatre traitements sont effectués avant la récolte.

Une gestion innovante du verger visant à limiter l’apparition de craquelures (via le contrôle de la croissance des fruits) et à moduler le développement des monilioses (par une modification du microclimat au sein du feuillage) a été testée. Elle repose sur :

  • une irrigation restreinte, calibrée à partir d’une méthode précise, la micromorphométrie Pépista® (système de mesure des variations de croissance du végétal -diamètre des branches-, précis au centième de millimètre, rendant compte de l’état hydrique de l’arbre), au lieu d’une méthode classique par bilan hydrique (différence entre les apports et les pertes en eau sur une parcelle, ces dernières étant estimées par la valeur quotidienne de l’évapotranspiration potentielle) de la parcelle,
  • un arrachage manuel précoce (fin avril-début mai) ciblé des pousses végétatives se situant dans les zones de départ des gourmands, pour positionner les fruits vers l’extérieur de la frondaison et augmenter l’ensoleillement au sein de l’arbre, au lieu d’une taille classique.

Quel est l’impact attendu sur le développement des monilioses et l’utilisation des fongicides ?

Après trois années d’essai, une diminution des attaques par monilioses est constatée dans les traitements combinant irrigation restreinte et arrachage manuel . Les méthodes proposées devraient contribuer à réduire l’utilisation des fongicides ; l’économie réelle des fongicides est en cours d’évaluation.

Quel est l’impact sur la conservation et la qualité des pêches ?

Dans les essais réalisés, ces pratiques permettent une amélioration globale de la qualité des fruits. En effet, les pourritures se développent significativement moins vite dans le cas de la gestion innovante, témoignant d’un meilleur potentiel de conservation. La restriction hydrique conduit à des fruits à la récolte de diamètres plus faibles, mais avec des teneurs en sucres un peu plus élevées. Le rendement n’est pas significativement réduit. Par ailleurs, l’épiderme des fruits tend à être moins ferme, ce qui est plus apprécié des consommateurs.

Irrigation restreinte et taille manuelle peuvent réduire la sensibilité des pêchers aux monilioses et limiter ainsi l’utilisation des pesticides, tout en améliorant la qualité des fruits. Le croisement entre raisonnement de l’irrigation et conduite de l’arbre fait désormais partie des pratiques recommandées en culture de pêchers, pour atténuer le risque de monilioses. Toutefois, l’adoption de telles pratiques peut induire une réduction du calibre des fruits, ce qui rend nécessaire une évolution des standards du marché.

Pour en savoir plus sur les pratiques limitant l’utilisation des pesticides dans la lutte contre les bioagresseurs, consultez le point sur des pratiques pour limiter l’utilisation des pesticides : apports du programme de recherche « Pesticides ».

Le texte de cet article est pour partie repris de l’ouvrage : Pesticides, des impacts aux changements de pratiques. Bilan de quinze années de recherche pour éclairer la décision
publique. Éditions Quae, 400 p.

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