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Les emplois liés aux filières de l’élevage en Bretagne

19 août 2016 - Développement durable
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État des lieux quantitatif et qualitatif


La Bretagne est la première région française d’élevage, produisant ces dernières années près de 60% des porcs, 35% des volailles ou encore 20% du lait français. Ces filières animales sont par ailleurs majeures en Bretagne en termes de création de richesse et d’emplois directs. Ainsi l’agriculture et l’agroalimentaire représentent près 8% de l’emploi salarié en Bretagne (contre un peu plus de 3% au niveau national), générant près de 8% du PIB régional (contre 3,5% au niveau national). La contribution de ces filières d’élevage à l’économie bretonne est encore plus importante que l’addition de ces deux activités de la production agricole et de sa transformation par les entreprises agroalimentaires car de nombreuses autres activités y sont liées : agri et agro-équipement, agri et agro-fourniture, services tels que le transport, la gestion, l’assurance...

La mesure précise de ces emplois liés et de la richesse totale créée est néanmoins assez délicate, ce qui peut parfois conduire à des estimations grossières. Prenons à titre d’exemple deux rapports consacrés à la filière porcine française et rédigés par les services du ministère en charge de l’agriculture. Le rapport dit « Porry » de 2004 (Guibé et al., 2004) indique que la filière porcine française génère plus de 100 000 emplois en sus des 15 000 éleveurs spécialisés. Ramené à la production nationale du début des années 2000 (un peu plus de 25 millions de porcs), cela conduit à une estimation de l’ordre de 12 emplois pour 2 500 porcs. Huit ans plus tard, Danel et al. (2012) estime un ratio moitié moindre avec une base de 6 emplois dans la filière pour 2 500 porcs produits. Sachant que la mesure des emplois directs (production et transformation) est relativement aisée, ces chiffres illustrent la difficulté à mesurer les emplois liés dans les autres activités attachées aux filières animales.

De manière générale, la mesure précise des emplois directs, indirects et induits par une filière sur un territoire est rendue délicate par au moins trois réalités, au-delà de la question de disponibilité des statistiques. Premièrement de nombreuses entreprises (bretonnes, françaises ou étrangères) ne réalisent pas une seule activité. Par exemple, une entreprise d’alimentation animale ne produit pas qu’un seul type d’aliment pour une espèce mais peut offrir différents aliments pour les animaux élevés dans son entourage proche. De même une firme de services (transport, comptabilité, assurance), ou d’équipements (bâtiments/matériels) peut vendre ces services/produits aux acteurs des filières agricoles mais aussi à des acteurs non agricoles. Dès lors, il est nécessaire d’affecter l’emploi, potentiellement mesurable dans ces firmes, à chacune de ces activités, ce qui nécessite des hypothèses par nature contestables.

Deuxièmement, certaines entreprises exercent une partie de leur activité en dehors de la Bretagne ou inversement utilisent des matières premières agricoles venant des régions limitrophes (cette difficulté existe également au niveau national avec les entreprises multinationales). Par exemple, du lait/porc produit en Mayenne peut être transformé en Bretagne et inversement. Même si ces entreprises ne devaient réaliser qu’une seule activité, il est là aussi nécessaire d’affecter les emplois par région avec des hypothèses nécessairement contestables.

Enfin, la notion d’emplois liés ou induits et de relation de dépendance entre les différentes activités d’une filière est complexe car elle ne peut pas ignorer les arbitrages des différents acteurs économiques, ne serait-ce que dans leur approvisionnement. Par exemple, le secteur de la préparation de produits à base de viande peut transformer des viandes d’origine bretonne mais aussi importer des produits étrangers. Aussi un recul de la production primaire bretonne ne va pas forcément se traduire par une même diminution en aval. Inversement, une augmentation de la production primaire bretonne pourrait être en partie exportée pour transformation à l’étranger. Cette difficulté existe aussi à l’amont. Ainsi les éleveurs bretons ont la possibilité, soit directement en tant que fabricants à la ferme, soit indirectement à travers les firmes d’alimentation animale, d’acheter des matières premières étrangères (tel que du tourteau de soja) ou bretonnes (tel que des céréales fourragères). À notre connaissance, ces emplois « amont » sont plus rarement pris en compte dans les analyses alors qu’ils sont pourtant liés aux productions animales.

Il n’est donc pas aisé de mesurer les emplois générés par une filière en général, pour les filières bretonnes d’élevage en particulier. Pourtant cette mesure est cruciale pour éclairer les acteurs, publics ou privés, quant aux impacts possibles de leurs décisions (impacts d’une politique publique de type agricole ou environnementale, impacts d’un projet d’investissements d’industriels d’une filière) ou pour identifier les meilleurs leviers pour améliorer la compétitivité de la filière dans son ensemble.

Dans le cadre de la transition énergétique et écologique qui concerne les activités agricoles comme d’autres activités économiques, le ministère en charge de l’environnement souhaite par la présente étude quantifier et qualifier les emplois des filières de l’élevage en Bretagne. Cette étude doit prendre en compte les emplois directs, mais aussi ceux directement liés au secteur de l’élevage breton en amont et en aval ainsi que les emplois induits. La priorité est portée aux élevages bovins et porcins. La méthode préconisée repose sur l’élaboration de tableaux entrées-sorties qui permettent de mesurer les interactions sectorielles. Nous proposons d’aller un peu plus loin avec la construction de matrices de comptabilité sociale qui englobent ces tableaux entrées-sorties. Ces matrices permettent en effet d’avoir une vision plus complète des interactions économiques entre l’ensemble des acteurs économiques sur un territoire, les entreprises bien sûr mais aussi les ménages et autres secteurs institutionnels. Elles nous permettent donc de calculer les emplois directs, indirects et induits alors que les tableaux entrées-sorties permettent juste le calcul des emplois directs et indirects. Elles font l’objet d’une publication séparée éditée par le Commissariat général au développement durable.

Nous expliquons dans la première partie de ce rapport ces aspects méthodologiques et rappelons les quelques résultats disponibles dans la littérature, grise et scientifique, sur les emplois liés à l’élevage en Bretagne. La construction de ces tableaux et matrices est particulièrement difficile car elle nécessite de nombreuses données et à défaut de poser des hypothèses. Ces données sont justement nettement moins disponibles à l’échelle régionale qu’à l’échelle nationale. C’est pourquoi nous avons proposé de conduire l’analyse à la fois sur la Bretagne et à l’échelle française. Nous listons dans la deuxième partie toutes les sources de données que nous avons mobilisées. La troisième partie décrit les différentes étapes de construction de nos tableaux/matrices et donc les hypothèses que nous avons dû formuler pour pallier les données manquantes. Ces tableaux/matrices fournissent une mesure des emplois directs de chaque secteur d’activité. Par contre, et comme expliqué dans la première partie sur les méthodes, ils ne permettent pas de calculer directement les emplois indirects et induits, il faut pour cela développer des modélisations pour tenir compte de la troisième difficulté énoncée ci-dessus. Nous avons proposé dans la quatrième partie une modélisation simple nous permettant d’illustrer l’importance relative des emplois directs, indirects et induits. L’application porte sur les conséquences de l’embargo russe sur les produits agroalimentaires décidé en août 2014. Ces tableaux/matrices retracent l’ensemble des flux économiques au sein d’un territoire mais ne quantifient pas explicitement les aspects non marchands. L’élevage en Bretagne est souvent décrié pour ses impacts environnementaux qui sont de multiples natures. La dernière partie de ce rapport est consacrée à la mesure de quelques impacts environnementaux des activités agricoles.

 

>>> Cliquez ici pour consulter l’étude sur l’état des lieux quantitatif et qualitatif des emplois liés aux filières de l’élevage en Bretagne
 

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