Questions à Yves Henocque(*), président du conseil scientifique du Programme Liteau(**)
A l’occasion de la Journée européenne de la mer, un colloque a été organisé en mai dernier à La Baule, sur le thème « Politiques et sciences de la mer » : quels ont été ses principaux apports ?
Ce colloque, organisé à l’initiative du ministère de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de la Mer, dans le cadre de son programme de recherche finalisée LITEAU, a permis de réunir près de 300 acteurs de la mer et du littoral, qu’ils soient gestionnaires ou scientifiques. Les travaux, conduits en étroite collaboration avec l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer), l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques (ONEMA), l’Agence des aires marines protégées, le Centre de Recherches sur l’Action Politique en Europe (université de Rennes et CNRS), ont abordé toutes les perspectives ouvertes par le Grenelle de la mer. La participation de nombreux partenaires institutionnels et associatifs, parmi lesquels les autres ministères concernés -enseignement supérieur et recherche, alimentation, Agriculture et Pêche, l’Association nationale des élus du littoral (ANEL), les pôles Mer des régions Bretagne et Provence-Alpes Côte d’Azur, comme des représentants de la Commission européenne, a encore enrichi les réflexions. Les discussions ont notamment permis de mobiliser les utilisateurs de la recherche marine sur les enjeux d’une gouvernance à 5, associant les élus, les syndicats représentatifs des salariés, les entreprises et les associations notamment environnementales et appliquées aux questions de recherche sur la mer et sur le littoral. Pour encourager la participation des utilisateurs de la recherche marine dans le cadre des engagements du Grenelle de la mer et notamment des propositions du Comité opérationnel Recherche et innovation, les échanges de La Baule ont démontré qu’il fallait leur permettre de contribuer à la définition des orientations de la recherche et des diverses politiques sectorielles et thématiques qui la sous-tendent.. Il est aussi apparu que les responsabilités respectives des acteurs devaient être précisées, afin de faciliter les interactions entre gestionnaires, usagers et scientifiques à tous les stades de la recherche, de l’orientation à la diffusion des résultats, en passant par la mise en œuvre des projets.
Quelles thématiques prioritaires de recherche se sont dégagées de ce colloque ?
C’est un autre apport de ce colloque : les participants ont souhaité que les recherches suivent à l’avenir quatre axes principaux : les approches écosystémiques et la planification stratégique des espaces maritimes ; l’exploration et la gestion durable des ressources marines ; la mise en place de moyens pérennes et opérationnels d’observation et de surveillance des océans et des zones côtières et enfin, la promotion d’innovations pour des activités maritimes durables, en s’appuyant sur les technologies vertes ainsi que sur l’ingénierie écologique.
Quelle part prend le programme LITEAU aux recommandations issues des engagements du Grenelle de la mer ?
Ce programme, animé par la Direction de la recherche et de l’innovation du Commissariat général au développement durable, répond en partie aux priorités affichées par le Livre bleu de la stratégie maritime nationale. Ces priorités traduisent au niveau opérationnel l’ensemble des recommandations issues des engagements du Grenelle de la mer : investir dans l’avenir en développant une économie durable de la mer et du littoral, promouvoir la dimension maritime des outre-mers, renouveler les formes de gouvernance, affirmer la place de la France dans tous ces domaines au plan international. Le programme LITEAU participe ainsi à l’accroissement des connaissances en appui aux politiques publiques, selon des formes de gouvernance multi-échelles, adaptées à la fluidité et à la rapidité des changements observés dans le domaine de la mer et du littoral.
Car la gestion des littoraux et de la mer, loin d’être du seul ressort de l’Etat, doit être partagée avec l’ensemble des acteurs et plus particulièrement avec les collectivités territoriales. Ce partage des responsabilités avec les décideurs locaux et les acteurs de terrain doit s’appuyer sur des connaissances communes pour développer des systèmes de gouvernance intégrant gestion adaptative et apprentissage social. L’interdisciplinarité au sein de son conseil scientifique, doublée de la large représentation institutionnelle portée par son comité d’orientation, permet au programme LITEAU de répondre à ces défis.
(*) Yves Henocque est responsable nature et société de la Direction Prospective et Stratégie Scientifique à l’IFREMER
(**) science et gouvernance en appui au développement durable du littoral
