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Séminaire IRBA DGAC du 26 juin 2013

18 avril 2016 (mis à jour le 22 juillet 2016) - Transports
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SÉMINAIRE IRBA-DGAC

Illusions sensorielles, pilotage et formation
Comment améliorer la qualité des décisions en vol ?

Paris, mercredi 26 juin 2013

Le facteur humain et son implication dans la sécurité des opérations aériennes sont au cœur des préoccupations de la direction générale de l’Aviation civile (DGAC) et constituent une des priorités de recherche du service de santé des Armées et de l’Institut de recherche biomédicale des armées (IRBA).

C’est dans ce cadre que s’est tenu le premier séminaire conjoint IRBA-DGAC « Illusions sensorielles, pilotage et formation : comment améliorer la qualité des décisions en vol ? » le mercredi 26 juin au siège de la DGAC, à Paris.

 


Le programme du séminaire (PDF - 1Mo)

Présentation des orateurs (PDF - 37 Ko)

Les présentations

1) Modèle numérique et illusions sensorielles. Sébastien David (BEA)

2) Illusions et cognition. Jean Lorenceau (CNRS)

3) Illusion et désorientation spatiale et temporelle. Origines et conséquences. Patrick Sandor (IRBA)

4) Brown out. Anne-Emmanuelle Priot (IRBA)

5) Désorientation spatiale et illusions sensorielles. Prévention pour les pilotes civils André Vernay (DSAC)

Illusions sensorielles et pilotage. Stéphane Buffat (IRBA)

6) Vidéo Illusions sensorielles

Épisode 1. Un cas d’école

Version française

Version anglaise

 

Les illusions sensorielles aujourd’hui

Identifiées et analysées depuis de nombreuses années, les illusions sensorielles font l’objet depuis une cinquantaine d’années d’une instruction théorique vers les pilotes professionnels civils. Des notions ont également complété la formation sur avion léger mais sont très loin de la pratique appliquée par les forces armées internationales pour tous leurs personnels navigants. Les recherches, technologies et intégrations de systèmes prennent en compte ces aspects d’une manière ergonomique dans les phases de conception, intégration et construction des aéronefs, pour autant la conscience de la situation de l’opérateur doit rester au centre des développements futurs, par exemple au niveau des aspects adaptatifs nécessaires chez l’acteur.

Cette préoccupation des illusions sensorielles, et plus généralement des facteurs humains, est de mieux en mieux prise en compte par les industriels.

Les laboratoires militaires spécialisés dans ce domaine ne sont pas nombreux et regroupent ce qui se fait de mieux dans le domaine en permettant aux sciences cognitives de côtoyer les ergonomes et les personnels des essais en vol afin de s’assurer en permanence du niveau de sécurité optimal en vol.

Les nouvelles technologies et performances des aéronefs de nouvelle génération améliorent chaque jour le niveau de sécurité mais la place du pilote doit être également maintenue au centre des développements futurs. Dans ce cadre, les nouveaux règlements et textes d’aviation internationale intègrent de facto les facteurs humains et permettent ainsi une mise en relation très cohérente entre ces mêmes systèmes et les utilisateurs.
Les illusions sensorielles ne font pas l’objet d’un programme d’instruction formalisé en vol dans l’aviation civile et une partie des connaissances des chercheurs militaires est difficilement applicable en raison des vols différents.
 
Pourtant, de nombreux points communs sont à noter :
 

  • le vol aux instruments pendant lequel un pilote passe continuellement des informations fournies par les instruments à celles qu’il capte directement du monde extérieur. Un conflit se crée alors entre les sensations ressenties et les images vues,
  • le vol de nuit durant lequel des représentations erronées apparaissent par rapport aux informations des instruments de bord et ceci en raison des repères visuels réduits au minimum,
  • le vol à très grandes altitudes qui favorise également les illusions visuelles en interagissant sur notre cerveau par la ligne d’horizon progressivement abaissée en dessous de l’horizon vrai,
  • les remises de gaz et leurs spécificités, mises en évidence par l’étude PARG du BEA font également partie intégrante des domaines étudiés.

Ces quelques exemples ne font que renforcer le besoin de prise de conscience des sensations erronées chez le pilote et ce, du fait qu’elles peuvent arriver à n’importe qui, n’importe où et quasiment n’importe quand.

Les travaux internationaux actuels, comme ceux élaborés par l’OACI, l’AESA et la FAA par exemple, dans le cadre des « Upset Recovery » (procédures de récupération en cas de perte de contrôle d’un aéronef), font apparaître la nécessité de prendre en compte d’une manière plus poussée ces phénomènes afin d’améliorer la synergie équipage – machine, tellement nécessaire à l’amélioration globale de la sécurité aérienne.

Certains incidents ou accidents nous ramènent à une dure réalité de drames mettant en évidence la fragilité de cette domestication des phénomènes par les acteurs. Ainsi et pour exemple, il était déjà signalé dans un rapport de la FAA en 1983, que 500 accidents aériens durant les 5 années précédentes aux Etats-Unis étaient identifiés comme dus aux désorientations spatiales ou illusions sensorielles, toutes machines confondues. Cette analyse américaine mettait en évidence à l’époque en exergue les améliorations nécessaires dans le domaine. De nombreuses actions ont été mises en œuvre mais une marge de manœuvre existe encore.

Les accidents d’un A320 à Bahreïn et d’un A330 à Tripoli en 2000 et 2010 ont mis en exergue l’importance de ces phénomènes.

L’accident de Sharm El Sheikh est un autre exemple proche de nous, sans oublier tous les ans les accidents mortels connexes dans l’aviation générale.

Enfin, plus proche de nous, le crash d’un UA 28 à Djibouti en février 2012 a mis en évidence la difficulté de détection de désorientations spatiales voire d’illusions somatograviques.

Cette universalité du phénomène doit nous amener à travailler ensemble sur les symptômes, connaissances et améliorations identifiées par les spécialistes et acteurs du domaine.

C’est dans ce cadre que le séminaire du 26 juin 2013 « Illusions sensorielles et pilotage : comment améliorer la qualité des décisions en vol ? » a permis d’échanger autour de l’organisme de recherche référent qu’est l’Institut de Recherche Bio-Médicale des Armées (IRBA) qui nous a permis de tester, confronter et développer ces notions hautement techniques mais qui doivent pouvoir être vulgarisées pour tout acteur aérien.

Ce séminaire faisait suite à un test grandeur nature qui s’est déroulé au Département de médecine aéronautique opérationnelle (DMAO) en juin 2012 et qui consistait, à l’issue d’une formation pratique illustrée grâce à 2 ateliers, de confronter des pilotes civils très expérimentés, aux effets des illusions sensorielles vestibulaires courantes en aéronautiques dans le générateur d’illusions sensorielles, le GIS, nacelle opaque tournant autour d’un axe mobile dans les 3 dimensions.

Un quart d’heure dans le GIS suffit pour prendre conscience des risques de désorientation spatiale.

Cette expérimentation a permis de faire émerger des voies d’amélioration dans la perception des phénomènes, d’analyser les points de développement envisageables et d’avancer sur les échanges entre nos entités qui peuvent se compléter dans le domaine.

Autorité, opérateurs, constructeurs, équipementiers, formateurs, pilotes et chercheurs ont pu échanger au cours de cette journée très productive et ont fait émerger des possibilités dans le domaine. Des bases adaptées sur les notions qui permettront de maintenir une recherche collective de l’amélioration de la sécurité aérienne ont été fixées et nul doute que des suites vont rapidement être mises en place par les spécialistes du domaine, toute spécialité confondue.

Plusieurs pistes d’avenir possibles ont été évoquées, parmi lesquelles :
 

  • une formation pratique aux illusions sensorielles pour les instructeurs et élèves pilotes de ligne ;
  • la création d’une vidéo en trois dimensions avec l’assistance de l’IASA ;
  • un renforcement des connaissances lors des rappels de formation annuels chez les opérateurs ;
  • la création d’un guide de bonnes pratiques qui adapterait les connaissances aux nouveaux supports technologiques ;
  • une sensibilisation des acteurs par la création d’affiches de promotion de la sécurité ;
  • l’étude des phases possibles de pratique de ces phénomènes sur les simulateurs de vol actuels.

Ce séminaire a été ressenti par les acteurs, chercheurs et spécialistes présents comme un essai transformé qui devrait laisser la possibilité annuelle d’échanger sur des thèmes scientifiques si importants pour la sécurité aérienne.

 

Affiches de sensibilisation aux illusions sensorielles

 

En remise de gaz IMC

Les illusions sont
bien réelles

 

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