Trois questions à Paul Vergès, sénateur de La Réunion, président de l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (Onerc)
En une décennie, le réchauffement climatique est devenu l’une des préoccupations majeures des Français. Par son travail d’information du public et des décideurs, l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique est l’un des artisans de cette prise de conscience. À l’occasion du dixième anniversaire de sa création, son président, Paul Vergès, revient sur le travail accompli.
Pourquoi avoir soutenu l’adoption d’une loi sur le réchauffement climatique ?
Paul Vergès. Cette idée m’est venue du rapprochement entre les avertissements issus de la science et mon expérience personnelle. Dans les années 1990, les messages des chercheurs sur le changement climatique se faisaient de plus en plus clairs et assurés. Et puis, dans ma vie d’élu local et d’habitant d’une île, La Réunion, j’ai été très directement concerné par les phénomènes naturels, y compris dans leur variabilité ou leurs manifestations violentes. Dans une île plus qu’ailleurs, on peut ressentir notre dépendance à la nature et les limites des ressources naturelles. J’ai vécu des catastrophes ou simplement des épisodes climatiques difficiles, et j’ai souvent constaté que les liens ne sont pas assez forts entre les résultats de la recherche et les décisions politiques.
Les choses ont-elles changé depuis dix ans ?
Paul Vergès. Bien sûr. Pour la première fois, grâce à la loi du 19 février 2001 – votée à l’unanimité au Sénat puis à l’Assemblée nationale – l’observation des effets du changement climatique a été placée dans une perspective d’action politique. Cette loi a donné un signal fort de mobilisation. Elle a aussi créé l’Onerc. L’observatoire informe et formule des recommandations sur les mesures d’adaptation à envisager pour limiter les risques liés au réchauffement. Il a notamment préparé la stratégie nationale d’adaptation au changement climatique adoptée fin 2006. Quoi qu’il en soit, l’action engagée est une action de très long terme. Car l’adaptation au changement climatique passera par des milliers de décisions d’individus ou d’organisations au long des décennies à venir.
S’adapter au réchauffement climatique, qu’est-ce que cela veut dire ?
Paul Vergès. Le climat se réchauffe et, quels que soient nos efforts, notamment pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, des changements profonds sont désormais inéluctables. Il faut s’y préparer d’autant que l’inaction pourrait nous coûter cher : entre 5 % et 20 % du PIB mondial, selon les estimations de l’économiste Nicholas Stern. Le défi actuel est de parvenir à ce que ces préoccupations soient prises en compte à chaque fois que s’élaborent des politiques. Cela se concrétise, en particulier avec le plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC), soit 84 actions, déclinées en 230 mesures, avec un financement spécifique de 170 M€. Prévu pour 2011-2015, il concerne tous les secteurs : agriculture, forêt, tourisme, pêche, aménagement du territoire, bâtiments et infrastructures, santé... Un suivi annuel d’exécution des actions sera réalisé par l’Onerc et son bilan sera rendu public.
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