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La situation de la filière nucléaire allemande s'inscrit dans un contexte complexe : le Gouvernement de M. Schröder a pris début 2002 la décision d'abandonner l'énergie nucléaire à l'horizon 2020. L'Allemagne va donc devoir faire face au cours des deux prochaines décennies à d'importants besoins de nouvelles installations de production d'électricité destinées à compenser l'abandon du nucléaire et l'arrivée en fin de vie de nombreuses centrales autres que nucléaires. Les estimations portent sur un besoin de 43 000 MWe d'ici 2020, qui pourraient être répartis entre 45 nouvelles centrales thermiques (environ 24 000 MWe) et l'amélioration de 200 centrales thermiques classiques existantes. La question de la future composition du mix énergétique va alors se poser. Plusieurs éléments devront être pris en compte : la loi sur l'abandon de l'énergie nucléaire, les coûts de sa mise en uvre (nécessité de réduire les subventions au charbon allemand, prix élevés des énergies renouvelables), les impératifs de sécurité de l'approvisionnement (qui aurait pour conséquences de limiter la part du gaz) et de développement durable (engagements de réduction des émissions dans le cadre du protocole de Kyoto).
La place du parc nucléaire dans la production énergétique Les 19 centrales nucléaires allemandes en service ont produit au total 165,1 milliards de kWh électriques en 2003, soit 27,6% de la production d'électricité allemande. L'Allemagne est le 4ème producteur mondial d'électricité nucléaire (derrière les Etats-Unis, la France et le Japon). Le parc des centrales et exploitants des centrales
Les centrales nucléaires sont actuellement exploitées par des entreprises privées dont certaines figurent parmi les grands opérateurs allemands du secteur électrique : EnBW (dans laquelle EDF détient 34%), EON et RWE. Vattenfall Europe, issu de la fusion de HEW, Bewag et Laubag détient quant à lui des parts dans certaines centrales (Stade, Brunsbüttel, Krümmel, Brokdorf). Selon les dernières statistiques de 2002, la filière nucléaire comprenant le cycle du combustible, la construction des centrales nucléaires, les services et les équipements de l'industrie nucléaire, la production d'électricité et les organismes de sûreté, représentait 40 000 emplois directs en Allemagne et 150 000 emplois induits.
La loi de sortie du nucléaire En optant pour la sortie du nucléaire, l'Allemagne rejoint le cercle des pays ayant décidé d'abandonner cette source d'énergie. Après plus de 2 ans de négociations entre le gouvernement fédéral et les électriciens, la loi de sortie du nucléaire est votée en début d'année 2002. Elle prévoit une fermeture progressive des différents réacteurs après 32 ans d'exploitation (soit au plus tard en 2021) et interdit toute nouvelle construction et le retraitement des combustibles usés dès 2005. Malgré cette loi, les exploitants des centrales nucléaires allemandes espèrent que la durée de vie des centrales nucléaires sera prolongée ou que de nouveaux réacteurs seront construits, notamment dans le cas d'un changement de gouvernement. La population allemande reste quant à elle globalement opposée au nucléaire, mais face au problème de l'approvisionnement énergétique à moyen/long terme (dépendance aux importations et coûts des énergies renouvelables), un changement d'opinion n'est pas tout à fait exclu. Les incidents survenus en Amérique du Nord et en Italie au cours de 2003 semblent avoir en outre fortement marqué l'opinion publique allemande, qui pourrait sensiblement modifier sa position si ce type d'incident venait à se répéter ou bien encore si les tarifs continuaient d'augmenter comme c'est le cas depuis 2002. L'Allemagne a pris en outre deux engagements forts dans le cadre du protocole de Kyoto, à savoir une diminution d'ici 2005 de 25% ses émissions de CO2 par rapport à 1990 et une réduction de 21% ses émissions de gaz à effet de serre au cours de la période 2008-2012. Le ministre fédéral de l'environnement se montre optimiste quant aux chances de l'Allemagne d'assumer simultanément les engagements pris à Kyoto et la sortie du nucléaire civil, notamment grâce aux énergies renouvelables. La vague de chaleur de l'été 2003 a toutefois montré les limites de la production d'énergie éolienne, ce qui complique encore le débat. Le devenir des déchets et des combustibles usés Dans le cadre de la loi de sortie du nucléaire, le gouvernement allemand s'est donc engagé à veiller à ce que les centres de stockage intérimaire sur le site des centrales soient mis en service au plus tard au 1er juillet 2005 afin qu'aucun transport de combustibles nucléaires irradiés à des fins de retraitement ne soit plus organisé. Cependant la problématique du choix des sites définitifs d'entreposage des déchets radioactifs fait l'objet de nombreux débats et demeure une des préoccupations actuelles du gouvernement. Concernant les déchets à haute activité, l'ancienne mine de sel de Gorleben, située en Basse Saxe a été recommandée dès 1977 comme un site de stockage idéal par les scientifiques. Mais les travaux, qui ont déjà coûté près de 1,3 milliard €, ont été interrompus en 2000, une décision politique ayant instauré un moratoire de 3 à 10 ans. L'adéquation du site n'est pas entièrement remise en question mais les autorités allemandes, notamment le ministère de l'environnement, souhaite procéder à une sélection selon des méthodes plus " consensuelles et transparentes ". Dans la pratique, la méthode de sélection donne lieu à d'importantes tensions au sein du gouvernement, ainsi qu'avec les grandes entreprises énergétiques, qui assurent le financement de l'aménagement des sites d'entreposage final. La situation est également bloquée s'agissant de l'ancienne mine de fer de Konrad, destinée aux déchets à faible et moyenne activité. Ce site, situé en Basse-Saxe, a reçu en 2002 l'autorisation pour sa mise en service, mais elle a été suspendue depuis à la suite à quatre plaintes. Une décision de la Cour de Justice de Basse Saxe est attendue, alors que près de 800 millions € ont déjà été investis dans ce site.
© Ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie, 06/04/2004 |