Les insectes pollinisateurs
nous en mettent plein la vue

Connaissez-vous le point commun entre le cacaotier et la tomate, le cerisier et la courge, le caféier et le pommier ? Leurs précieux fruits et légumes ne tiennent qu’à la fascinante rencontre entre leurs fleurs et des insectes. Partons à la rencontre de ces pollinisateurs !

Une multitude de grains de pollen sont collés au corps de ce bourdon terrestre (Bombus terrestris) butinant un chardon bleu (Echinops ritro).

Beaucoup d’indifférence, un soupçon de crainte et du dégoût. C’est ce que les insectes nous inspirent trop souvent. Il y a bien quelques exceptions, comme les papillons colorés qui déroulent leurs trompes au cœur des fleurs. Mais globalement, les insectes sont peu appréciés alors qu’ils sont indispensables au bon fonctionnement des écosystèmes et à notre bien-être. Laissons de côté nos préjugés et découvrons des insectes dont le labeur quotidien nous apporte beaucoup. Par une belle journée ensoleillée, n’avez-vous jamais contemplé le ballet incessant d’insectes volant de fleur en fleur ? Ils papillonnent, ils bourdonnent, ils s’activent… Mais que font-ils ?

Attirés par la forme, la couleur, l’odeur des fleurs, ces insectes sont à la recherche de nourriture, pour eux ou pour leur progéniture : ils viennent prélever le nectar ou le pollen. En volant de fleur en fleur, ces insectes nous rendent gracieusement un service vital. Ils transportent involontairement le pollen d’une fleur jusqu’à une autre fleur et assurent ainsi la pollinisation de nombreux végétaux. Lorsqu’un grain de pollen est déposé sur le pistil d’une fleur de la même espèce, cela permet la fécondation d’un ovule puis la formation d’un fruit contenant des graines. Le bilan ? Tomates, cerises, courges, café, pommes, mais aussi carottes et oignons, autrement dit de quoi remplir nos assiettes.

35 % de ce que nous mangeons dépend de la pollinisation par les insectes

Plus de 80 % des plantes à fleurs (ou angiospermes) dépendent directement de la pollinisation par les insectes. Dans l’agriculture, cela concerne la production de fruits et la production de graines. Au total, environ 35 % de ce que nous mangeons est lié à l’action de ces insectes, y compris des denrées coûteuses comme le cacao, le café et des épices !

Dans le même temps, certaines activités humaines, en particulier l’utilisation excessive de pesticides et la dégradation des milieux naturels, sont responsables d’un déclin de l’abondance et de la diversité des insectes pollinisateurs. À ces causes s’ajoute le réchauffement climatique qui contribue à modifier les conditions de vie des espèces. Par exemple, une floraison plus précoce peut ôter de précieuses ressources alimentaires à des populations d’insectes pollinisateurs qui s’affaiblissent, voire disparaissent. C’est un engrenage puisque la majorité des plantes à fleurs dépendent des insectes pollinisateurs pour leur reproduction : ce qui affecte les pollinisateurs affecte les plantes à fleurs… et inversement. Nos productions agricoles en pâtissent également.

Pour les protéger, il faut mieux les connaître. Qui sont ces insectes qui nous rendent gracieusement un service si précieux ? Comment peut-on agir en leur faveur ?

« Environ 250000 espèces de plantes à fleurs dans le monde. »

La pollinisation est le mode de reproduction sexuée des végétaux. La fleur est une structure complexe, dans laquelle les organes reproducteurs mâles (>> les étamines) et femelles (>> le pistil) sont regroupés et entourés de pièces enveloppantes (>> calice et corolle).

Pétales, étamines et pistil d'une fleur de géranium sanguin (Geranium sanguineum).

Les plus efficaces

Les champions de la pollinisation, ce sont les abeilles et les bourdons ! Vous connaissez certainement l’abeille domestique (Apis mellifera), productrice de succulents miels. Une espèce parmi de nombreuses autres ! Rien que dans l’Hexagone, on recense près de 1000 espèces d’abeilles sauvages et de bourdons qui jouent un rôle aussi fondamental dans la reproduction des plantes que notre abeille domestique. Toutes ces bestioles volantes et bourdonnantes appartiennent au groupe des hyménoptères, qui rassemble aussi les guêpes et les fourmis, soit plus de 120000 espèces dans le monde dont 8000 en France métropolitaine. Ça en fait du monde ! Les guêpes et les fourmis apprécient aussi le nectar, mais sont des pollinisateurs beaucoup moins efficaces que les abeilles et les bourdons.

« Près de 1000 espèces d’abeilles sauvages et de bourdons dans l’Hexagone. »

Une abeille à miel (Apis mellifera) sur une bruyère (Erica darleyensis). Depuis plusieurs années, les apiculteurs constatent la disparition brutale de colonies : on parle de syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles. Mais il ne faut pas oublier que de nombreuses espèces de pollinisateurs sont en déclin !

Un bourdon terrestre (Bombus terrestris) sur une inflorescence de phacélie à feuilles de tanaisie (Phacelia tanacetifolia). On compte 43 espèces de bourdons en France métropolitaine.

Une petite abeille de la famille des halictes sur des pistils d’iris. Comme la majorité des espèces d’abeilles sauvages, celle-ci ne vit pas en colonie : elle est solitaire et ne produit pas de miel, utilisant directement le nectar et le pollen pour s’alimenter et pour nourrir ses larves.

Les plus discrets

Certaines mouches, capables de faire du vol sur place, ressemblent à de petites guêpes et fréquentent les fleurs pour se nourrir de pollen ou de nectar. De manière générale, les mouches, ou diptères, jouent un rôle important dans la pollinisation des petites fleurs, moins attractives pour les gros pollinisateurs. On en connaît 140000 espèces dans le monde dont 6500 dans l’Hexagone. Les diptères se caractérisent par leur deuxième paire d’ailes remplacée par des balanciers, organes qui interviennent comme des stabilisateurs du vol, contribuant à leur agilité.

« Environ 6500 espèces de syrphes, mouches et autres diptères en France métropolitaine. »

Très commun en Europe, ce syrphe est appelé éristale gluante (Eristalis tenax). C’est un pollinisateur généraliste qui fréquente de nombreuses espèces de plantes. Comme il ressemble à une abeille domestique, il est souvent confondu avec elle.

Espèce commune, cette mouche en habit de guêpe est appelée syrphe ceinturé (Episyrphus balteatus). Elle visite les fleurs pour se nourrir de pollen et de nectar, participant ainsi à la pollinisation. La larve, un petit asticot blanchâtre, est aussi très utile dans un jardin puisqu’elle consomme de grandes quantités de pucerons.

Les plus rustiques

Diverses espèces de coléoptères fréquentent les fleurs, souvent pour manger les étamines et le pollen. Coléoptère signifie « ailes dans un étui » : ils se distinguent par leurs ailes antérieures dures et rigides appelées élytres, qui forment une carapace protégeant l’abdomen et les ailes membraneuses. Lorsqu’elle s’envole, l’emblématique coccinelle soulève ces élytres à points pour dévoiler ses ailes transparentes. Ne nous le cachons pas, les coléoptères sont des pollinisateurs relativement peu efficaces par rapport aux autres groupes. Mais ce sont des précurseurs puisque les premiers insectes pollinisateurs connus dans les archives paléontologiques étaient de petits coléoptères : ils fréquentaient des cycas, il y a 200 millions d’années ! On en connaît plus de 300000 espèces dans le monde, dont environ 10000 dans l’Hexagone.

« Les premiers insectes pollinisateurs connus étaient de petits coléoptères vivant il y a 200 millions d’années. »

Une cétoine dorée (Cetonia aurata) sur une inflorescence de viorne obier (Viburnum opulus).

Pendant les journées chaudes et ensoleillées, l'oedémère noble (Oedemera nobilis), à la couleur vert métallique, aime visiter les fleurs pour se nourrir de pollen. Le mâle se caractérise par des « cuisses » hypertrophiées !

Les plus fascinants

Ce sont certainement les papillons, ou lépidoptères, qui fascinent le plus. De nombreuses espèces butinent les fleurs pour aspirer le nectar avec leur longue trompe enroulée en spirale au repos. Les plus connus, les papillons dits de jour, avec leurs riches motifs et leurs couleurs, comprennent 250 espèces en France métropolitaine. Les autres, bien plus discrets car le plus souvent nocturnes, sont aussi amateurs de nectar et interviennent dans la pollinisation. On connaît plus de 160000 espèces de papillons dans le monde dont 5200 dans l’Hexagone.

« Environ 250 espèces de papillons de jour dans l'Hexagone. »

Un sphinx colibri ou moro sphynx (Macroglossus stellatarum) butinant un cirse laineux (Cirsium eriophorum). Souvent confondu avec un colibri à cause de sa taille, de sa capacité à faire du vol stationnaire et de son agilité, ce papillon est capable de voler à 40 km/h en moyenne avec des pointes à 50 km/h.

La vanesse du chardon (Vanessa cardhui), aussi appelée belle-dame, hiverne en Afrique du nord et migre au printemps vers l’Europe. Lors de ses impressionnantes migrations, elle se déplace par petits groupes en faisant de rares pauses pour se nourrir de nectar. Capable de parcourir jusqu’à 500 km par jour, ce papillon apprécie particulièrement les fleurs de chardon !

Agir en leur faveur

Comment attirer les insectes pollinisateurs ?

Il faut leur offrir le gîte et le couvert ! Le gîte, c’est surtout pour les abeilles sauvages et les bourdons. Les espèces sont nombreuses, de tailles variables et n’ont pas toutes les mêmes besoins. Certaines font leur nid sur des surfaces planes de sols sableux ou terreux : laissez-leur un petit espace très peu végétalisé dans votre jardin. D’autres préfèrent les tiges creuses ou des trous dans le bois : que ce soit pour un jardin ou pour un balcon, vous pouvez fabriquer un nichoir à insectes avec des matériaux naturels (bois, tiges de bambou et de sureau, paille…).

Côté couvert, il en faut pour tous les pollinisateurs ! Plantez dans votre jardin des espèces mellifères locales, riches en pollen et en nectar. N’hésitez pas à diversifier les espèces pour le plaisir de vos yeux et pour offrir le choix aux insectes, du printemps à l’automne. Bien sûr, ces actions n’auront que peu d’efficacité si vous utilisez des insecticides.

Envie de contribuer à la connaissance ?

Vous avez un appareil photographique ? Vous rêvez de contribuer à des travaux scientifiques ? Bienvenue au Suivi photographique des insectes pollinisateurs (Spipoll), un projet de sciences participatives initié en 2010. Créé par le Muséum national d’histoire naturelle et l’Office pour les insectes et leur environnement (Opie), avec le soutien du ministère de l'Environnement, le Spipoll a pour but d’obtenir, dans l’Hexagone, des données sur les insectes pollinisateurs. À vous de jouer ! Le site du Spipoll

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