Intervention de Barbara Pompili - Conférence de presse Nature 2050

Publié le Mardi 18 octobre 2016
Mardi 18 octobre 2016

Je le dis à chacune de mes interventions :

Grâce à la pédagogie des scientifiques, à l’opiniâtreté de certains acteurs politiques, à des mobilisations associatives et citoyennes massives, mais aussi, soyons modestes, par la simple constatation de la réalité que chacun peut opérer dans sa vie quotidienne, la prise de conscience du défi climatique a considérablement progressé au cours des dernières années.

Mais pour la biodiversité, l’essentiel demeure à fa ire. Nos sociétés, depuis les débuts de la révolution industrielle, ont pris l’habitude de considérer la nature comme une ressource inépuisable au service de l’Homme, douée d’une capacité de régénération sans limites. On ne commence qu’aujourd’hui à constater l’impasse de cette croyance.

Et au-delà de cette croyance, il y a encore un trop grand manque de conscience des services que rendent les écosystèmes à l’Homme, et de la nécessité de les protéger.

Et pourtant. Pourtant, les écosystèmes terrestres et marins jouent un rôle essentiel dans la régulation du climat : ils absorbent par exemple près de la moitié des émissions de dioxyde de carbone générées par l’homme.

Protéger la biodiversité et les écosystèmes, ce n’est donc pas seulement veiller à notre environnement et à notre qualité de vie au quotidien ce qui est déjà essentiel, c’est contribuer à nous adapter au changement climatique et à limiter ses effets.

Dans la réponse au changement climatique qui est un phénomène naturel dont les causes sont humaines est indispensable de travaille r avec la nature, et non contre elle. C’est tout l’intérêt des actions sélectionnées et menées dans ce programme, des techniques naturelles qui devraient se développer encore davantage : c’était précisément une des conclusions de la COP21, et je suis ravie de voir que vous mettez cela en pratique. Ma présence aujourd’hui devant vous est donc en premier lieu une marque de reconnaissance.

Mais le rôle de mon secrétariat d’Etat ne se borne pas à reconnaître les actions des autres : nous avons fait voter, cet été, une loi dont le contenu, 40 ans après la première grande loi sur la nature, vise à offrir de nouveaux outils, de nouveaux dispositifs clarifiés, un nouveau cadre à nos politiques de biodiversité.

La loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages du 8 août 2016 est un texte à la fois réaliste et ambitieux pour lutter contre la perte de la biodiversité.

Je ne vais pas vous faire l’exégèse de ses quelque 150 articles. Mais comme je sais qu’il se trouve de nombreuses entreprises des transports et de la construction parmi vos partenaires, je veux rappeler que la loi a clarifié le principe « éviter, réduire, compenser », inscrit dans la loi depuis 40 ans.

Celui-ci était souvent mal mis en œuvre car il était peu explicité. Il était la source de nombreux contentieux, de nombreuses remises en cause de projets au cours de leur réalisation. Désormais, l’apport de la loi est de permettre de concevoir tout projet avec le souci d’éviter les atteintes à la biodiversité, de les réduire au maximum, et, en dernier recours, s’il n’y a pas d’autre alternative, de les compenser pour respecter l’objectif de zéro perte de biodiversité.

La création de nouveaux outils, comme les opérateurs de compensation, comme les sites naturels de compensation, permettra sa traduction concrète.

Pour accompagner cette évolution majeure de nos politiques de biodiversité, nous avons créé l’Agence Française pour la Biodiversité, qui sera opérationnelle, comme Ségolène Royal s’y était engagée, dès le 1er janvier prochain.

Sa mission sera de renforcer et renouveler les politiques publiques en faveur de la biodiversité. Formée des quatre opérateurs de biodiversité aujourd’hui autonomes, elle constituera l’organisme national de référence qui servira d’ «appui technique, scientifique et financier », pour diffuser les connaissances, encourager et soutenir les initiatives et bonnes pratiques comme celles présentées aujourd’hui.

Elle devra devenir rapidement un interlocuteur quotidien des entreprises, car l’objectif est de permettre aux projets de se réaliser, et non de mettre des bâtons dans les roues aux porteurs de projets.

Anticiper, pour réaliser : c’est la philosophie du texte. Mais si les mesures législatives et règlementaires sont nécessaires, elles ne sont pas suffisantes : la mobilisation de tous les acteurs est fondamentale. Le programme valorisé aujourd’hui a le mérite de montrer la diversité des acteurs qui s’impliquent dans la protection de la biodiversité et de créer des passerelles entre les entreprises, les collectivités et les ONG.

Non, investir dans la biodiversité n’est pas réservé à des associations environnementales ou aux pouvoirs publics.

C’est un enjeu d’intérêt général, et c’est donc l’intérêt de tout un ensemble d’acteurs, d’horizons et de compétences diverses que d’investir dans la biodiversité.

Je veux d’ailleurs souligner le sérieux du suivi de s projets qui sont présents dans ce programme : prévu sur le long terme, avec un suivi scientifique, il présente de sérieuses garanties d’efficacité.

Je suis en outre convaincue de la force pédagogique de ces engagements. Je n’ignore pas les soupçons qui pèsent parfois sur les entreprises, qui se voient régulièrement accusées de greenwashing.

Le meilleur antidote à ce risque qui existe, évidemment, il ne s’agit pas de le nier, c’est encore l’engagement de tous les partenaires qui sont ici représentés : entreprises, établissements publics, partenaires scientifiques, associatifs...

J’ajoute qu’il ne me semble pas excessif de faire un pari : celui de voir des entreprises qui s’engagent volontairement, en plus de la règlementation dans ce programme réfléchir dans le même temps à leurs propres pratiques et leurs impacts sur la biodiversité.

Vous le savez, je suis écologiste. Cela signifie que je porte une exigence particulière sur ces questions.

Mais mon écologie est celle de la confiance, de la responsabilité et non celle de la défiance ou de la contrainte : c’est aussi une des raisons de ma présence ce matin parmi vous.

Mesdames et messieurs, je voudrais vous dire quelques mots sur l’opération « la biodiversité en action », pilotée par le secrétariat d’Etat.

Cette initiative que j’ai lancée début octobre comprend trois volets : l’éducation à la nature, la nature en ville, et ce n’est pas un hasard les entreprises et la biodiversité.

De quoi s’agit-il ? Tout simplement, convaincre, expliquer par l’exemple et mutualiser les réalisations.

Faire connaître à tous, au plus près des territoires, un maximum d’initiatives contribuant à la préservation de la biodiversité.

Un site internet mis en place pour recenser les actions : il y en a plus de 70 à ce jour, et une communication ciblée dans la presse locale de chacune des actions labellisées pour démontrer que la biodiversité est l’affaire de tous, ce sont les principes de cette opération, et je ne saurais trop vous conseiller de vous connecter sur biodiversite-en-action.gouv.fr. Pour y inscrire, à votre tour, les réalisations portées par chacune et chacun d’entre vous, et pour bénéficier, à votre tour, de la reconnaissance « j’agis pourla biodiversité ».