Françoise Maurel, chef du service de l’économie, de l’évaluation et de l’intégration du développement durable (SEEIDD) sur la contribution climat énergie

Pourquoi avoir organisé une conférence d’experts sur la contribution climat énergie ?
Pour étudier l’intérêt d’établir en France une contribution climat-énergie, le ministère du Développement durable a initié un exercice tout à fait nouveau dans les pratiques administratives françaises, mobilisant à la fois l’expertise et le dialogue avec les autres parties prenantes, à l’instar du Grenelle Environnement. L’enjeu est en effet de faire évoluer la société vers des pratiques et des comportements sobres en carbone et de déterminer s’il est possible de le faire par voie fiscale, en créant une contribution climat-énergie.
Le caractère novateur de la procédure tient en particulier au fait que la conférence d’experts n’a pas été réunie pour débattre d’un projet de loi pré-établi, mais en amont de la décision politique. Cette démarche a permis de bénéficier des contributions d’experts nombreux, chercheurs et experts de l’administration, des entreprises, des milieux associatifs, du monde syndical notamment. D’une part, une consultation sur Internet a été organisée sur l’opportunité et les grands principes de cette contribution. D’autre part, une conférence publique, durant laquelle une vingtaine d’experts ont présenté leurs analyses devant 300 personnes, a été organisée les 2 et 3 juillet 2009.
Les points de consensus et ceux faisant l’objet de débat ont ainsi pu être identifiés, servant de base au rapport que Michel Rocard, président de la conférence, a rendu le 28 juillet 2009 au gouvernement.
Pouvez-vous nous expliquer les grands principes de cette contribution ?
Dans le cadre du Grenelle de l’environnement, la France s’est engagée à diviser par quatre ses émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2050, ce qui nécessite une inflexion sans précédent de nos comportements. En Europe, un prix du carbone - certes encore faible - a été instauré pour les sources industrielles, grâce au marché européen de permis d’émissions de CO2. Mais il n’y a pas d’équivalent établi pour infléchir les émissions diffuses de CO2 correspondant notamment aux consommations d’énergie pour les usages résidentiels et de transport. Pourtant, ces émissions représentent en France plus de 60% du total. L’instauration d’un prix du carbone favoriserait les comportements d’économies d’énergie, orienterait les investissements et stimulerait l’innovation dans les domaines concernés.
Ce prix carbone serait mis en œuvre par le biais d’une taxe additionnelle, perçue à l’amont en plus des taxes existantes sur les combustibles fossiles (comme la TIPP). Cette « contribution climat-énergie » (CCE) s’appliquerait à tous les agents non inclus dans le marché européen de permis sur le CO2 : particuliers, entreprises, administrations… L’instauration de la CCE serait réalisée à prélèvements obligatoires constants, c’est à dire que d’autres prélèvements seraient allégés en contrepartie ou que le montant de la recette de la taxe serait redistribué.
Quelle a été l’implication du commissariat général au développement durable dans ce processus ?
C’est Dominique Bureau, délégué général du Conseil économique pour le développement durable et rapporteur général de la Conférence, qui a eu l’idée d’une conférence d’experts pour analyser ce thème et le CGDD l’a immédiatement reprise pour travailler à sa mise en oeuvre. Le Service de l’économie, de l’évaluation et de l’intégration du développement durable, avec Alain Ayong le Kama, professeur des universités, précédemment conseiller scientifique, a préparé le programme de la conférence d’experts et la consultation publique en lien avec la DGTPE du ministère de l’économie, la DGEC, l’ADEME et Dominique Bureau. Il a bénéficié de l’appui de la DICOM pour l’organisation pratique des différents éléments, tant des réunions que de la consultation Internet.